L’absence des cinq maitres [Partie 1]

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ٱلَّذِينَ إِن مَّكَّنَّـٰهُمْ فِى ٱلْأَرْضِ أَقَامُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ وَءَاتَوُا۟ ٱلزَّكَوٰةَ وَأَمَرُوا۟ بِٱلْمَعْرُوفِ وَنَهَوْا۟ عَنِ ٱلْمُنكَرِ وَلِلَّهِ عَـٰقِبَةُ ٱلْأُمُورِ

Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj – v41

Si nous devions étudier le sens et la mise en application de ces versets, nous y passerons notre existence sans épuiser le champ de leur possibilités et leur signification. Je vais juste montrer une application méthodologique et politique en terme de gouvernance moderne à travers le terme coranique de Tamkine (pouvoir sur terre, position territoriale) et ses impacts sur le plan de l’aménagement du territoire, de la planification économique, du développement urbain et industriel, et de l’indépendance nationale.

Définition globale

Le Tamkine ou la territorialisation au sens coranique, même si nous la traduisons par “pouvoir sur terre” a une signification plus large : Donner à la communauté l’autorité, les moyens et les facultés de s’établir sur un territoire et y exercer sa vocation sans rival, sans oppression, sans limites autres que celles fixées par la religion ou les membres de la communauté là où la religion a laissé le champ libre. Au delà de la domination sur la géographie et du pouvoir de l’Etat il s’agit davantage de l’établissement d’une société réformatrice et bien agissante (Mujtama’â Sàleh wa Mouslih) qui fait de son territoire de vie un cadre de déploiement de toutes les compétences et de tous les talents et de toutes les possibilités.

Un certain nombre d’exigences sont necessaires pour faire du Territoire un espace de socialisation, un lieu de souveraineté, une appartenance à défendre, un exercice de  la politique, de  l’économique, de la culture et de l’amnénagement du territoire dans une ligne d’orientation commune par l’adhésion  libre, contractuelle et respectueuse des diversités qui font l’harmonie du vivre ensemble et non les divergences du Wahn. C’est ce que nous allons voir à travers l’analyse du verset coranique et notre expérience praticienne de quelques aspects de l’Algérie.

Le Territoire (le Makane) : Ses cinq empreintes humaines

Le Tamkine c’est l’instauration de la communauté de croyants sur un territoire de vie pour lui marquer cinq empreintes.

La première empreinte est celle de l’Honorificat originel.

L’homme, croyant ou non croyant, porte en lui le besoin de considération et d’estime qui font de lui cette créature qui est passée d’un grain de poussière insignifiant ou de cette goutte de sperme fétide à une créature honorée et élue dans les Univers. Cet Honorificat est intrinsèque et il va s’exprimer sous forme de quêtes humaines pour réaliser toutes les dignités qui font la grandeur et la noblesse de l’Homme : Dignité humaine, dignité intellectuelle, dignité religieuse, dignité sociale, dignité morale, dignité politique, dignité économique, dignité culturelle, dignité écologique. L’homme n’est pas un animal religieux ou un animal parlant mais un être honoré et vertueux s’il ne transgresse pas lui-même ou s’il ne se soumet pas à ceux qui transgressent cet ensemble de dignité indissociables.

Il n’y pas de vertu à faire valoir ni à communiquer aux autres, y compris la vertu de la foi et de la religiosité, si l’homme n’a pas et garanti l’ensemble de ses dignités qui font de lui une humanité plurielle à partir de laquelle peut émerger la communauté de foi monothéiste qui rejette le Taghut sous ses formes d’idoles, de fétiches, de totems, de préjugés, d’immobilisme et d’aliénation qui le prive de ses dignités et de sa vertu. Le Prophète (saws) a posé l’équation en termes concis fermant la porte à toute spéculation religieuse, philosophique ou eschatologique sur le substrat de l’humanité qui donne l’islamité : « Les meilleurs d’entre vous dans la Jahiliya sont les meilleurs d’entre vous dans l’Islam s’ils font l’effort de connaitre leur religion (Taffakuh fi Dine) ». Il faut être un dépravé ou un polémiste pour penser que Mohamed (saws) par le terme – meilleur – ne visait pas ce qui donne à l’homme sa dignité, son respect, sa vertu et qu’il visait le pouvoir ou la richesse.

La seconde empreinte est la compétence de nommer : Comprendre, lire et désigner les choses, les concepts

L’homme est par excellence est un processus de quêtes, un ensemble de recherches, de demandes, d’aller à la découverte de ce qui fait l’homme dans son humanité et le libère de sa bestialité, de son animalité :

…et par l’être humain, et par Celui qui l’A Parfait, et lui A Donné son impudence et sa piété. A effectivement cultivé, celui qui l’a épurée ; et a effectivement perdu, celui qui l’a souillée. As Shams – v7

Dans le sens coranique la quête est une épreuve qu’Allah fait subir aux hommes pour les distinguer, les différencier en mérites sur le plan des intentions, des actes, de la morale, de la foi et des états spirituels en vue du Jugement dernier que sera un Jour de Rétribution :

Et Nous vous Éprouvons par le mal et par le bien : différenciation (des mérites). Al Anbiya – v35

L’homme, par son intelligence, sa capacité de parler, d’écrire et de lire, de fabriquer et d’utiliser des outils, est mû par plusieurs quêtes : Quête de Dieu, de liberté, de considération, de dignité, de savoir, de territoire, de pouvoir, de puissance, de justice, de vérité, de sens, de beauté, d’amour, de faire…

Pour exprimer ses attributs ontologiques, exercer ses capacités actantielles, tisser des relations sociales et interagir dans les relations économiques et politiques, il faut disposer d’un canevas idéique qui transporte les idées, qui configure les projets, qui exprime la volonté, le savoir, l’art de négocier et le sens. Ce sont les mots, quand ils ne sont pas bavardages futiles et diversion, qui sont les métiers à tisser des complexes de quêtes. Le langage est la voie de formation de l’intelligence et du remplissage des images mentales qui vont nourrir l’imaginaire, ce champ d’exploration mentale, et y laisser l’imagination chercher à former, déformer, assembler et désassembler pour construire des images qui ont du sens, qui sont innovatrices en matière d’idées et de projets de faire. La compétence originelle de l’homme et par conséquent la première et l’ultime quête de son existence est celle de pouvoir et savoir nommer pour désigner, exprimer, clarifier, préciser ses droits et ses devoirs, et éviter la confusion :

Et Il Apprit à Adam tous les noms, puis les Exposa aux Anges et Dit : « Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques ». Ils dirent : « Gloire à Toi! Nous ne connaissons que ce que Tu nous As Enseigné, Tu Es Toi L’ Omniscient, Le Sage ». Il Dit : « O Adam, informe-les de leurs noms ». Al Baqara – v31

La compétence de nommer nous la possédons tous car elle est le nécessaire dont avaient besoin Et Adam pour peupler leur solitude sur terre, se repérer, se rencontrer, peupler la terre, se déplacer, élaborer et réaliser les projets scientifiques, technologiques et techniques. Abandonné à sa solitude, l’homme se sent assailli d’un sentiment de vide cosmique. C’est sa façon de remplir ce vide qui déterminera le type de sa culture et de sa civilisation, c’est -à- dire tous les caractères internes et externes de sa vocation historique. Le Coran pour édifier notre compétence de nommer nous invite à lire les signes coraniques, les signes cosmiques et les signes historiques pour que la compétence de nommer soit un instrument de déploiement dans le territoire revisité par la mémoire et la pensée :

N’ont-ils donc pas été de par la terre, de sorte qu’ils aient des cœurs avec lesquels ils raisonnent ou des oreilles avec lesquelles ils entendent ? En fait, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce qui s’aveugle, ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines. Al Hajj – v44

Lire l’histoire pour être capable de distribuer le Bien en n’importe quel lieu, n’importe quel moment et partir en quête pour le chercher, le cultiver et le partager. C’est la vocation du Musulman dans sa compétence humaine de nommer. Il est important à la lumière de ce qui vient d’être dit jusqu’ici de souligner que l’œuvre, pour avoir un caractère islamique, n’a pas besoin de traiter exclusivement de l’Islam mais de traiter aussi de l’humanité et des quêtes de l’homme sous l’angle de l’éthique et de l’esthétique de l’Islam car sans humanité et sans territoire, il n’y a pas d’islamité. Il est encore une fois important de préciser que l’auteur musulman n’est pas confiné à ne parler que de l’Islam en tant que religion mais il doit parler de l’homme, de l’humanité, du monde, de la société en nommant leurs désirs, leurs tendances, leurs penchants, leurs contradictions.

La troisième empreinte est celle de l’exercice de la vocation de Khalife d’Allah.

Cette vocation de Khalife d’Allah sur terre consiste à mettre en action les talents et les facultés cognitives, psycho affectives, sociales sur le territoire (la terre et ses ressources assujetties à l’homme) pour s’y déployer en agent de peuplement, de civilisation, de réforme contre la corruption, et en résistant contre l’agression et l’effusion de sang sans droit ni justice. Pour mener cette vocation de Khalife, l’Homme, croyant ou non, est animé par des quêtes de liberté, de pouvoir, de puissance, de sens, d’appropriation, de jouissance, de considération, d’expression de sa compétence humaine de nommer et de manipuler les choses, les idées, les concepts, les technologies, les techniques et les savoirs…

Le Coran nous montre que le Croyant comme le Prophète ne peut se désister de son devoir de Khalife sur terre ni de l’humanité qui habite ce Khalife. Ce qui va le distinguer des autres est la finalité de son œuvre, l’espérance de la récompense, la vertu et le sens le plus raffiné et le plus noble des dignités humaines mises au service de la responsabilité individuelle (Masouliya) et de la responsabilité collective (Taklife).

Face à la corruption sur le territoire partagé, le Prophète face aux corrompus et à leur suiviste se met sur le plan de la foi mais aussi sur celui de l’humanité qui fédère la communauté plurielle car une concorde sur la justice et la paix laisse l’humain reconquérir ses dignités et reconstruire son islamité sur des bases saines loin du maraboutisme et de l’infantilisme. L’Islamité comme occupation du territoire avec le dessein d’adorer Allah et d’instaurer la justice sociale ne peut être en contradiction avec la vocation de l’humain qui est celle de se libérer, de se civiliser ou de réformer ce qui a été corrompu ou colonisé. Il ne s’agit pas d’aller contre l’humanité, la sienne ou celle des autres, mais de lutter contre la deshumanisation quelque soit la forme, hideuse ou enjolivée, de son visage ou de son discours ou de ses actes :

Invoquez votre Seigneur avec humilité et secrètement : Il n’Aime point les arrogants.
Et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée, et invoquez-Le par crainte et avec aspiration. Certes, la Miséricorde d’Allah est toute proche de ceux qui agissent au mieux. Al Aâraf – v57

Et aux Madian, leur frère Cho‘ayb. Il dit : « O mon peuple, adorez Allah, vous n’avez d’autre Dieu que Lui. Vous est parvenue une évidence de votre Seigneur. Acquittez donc les mesures et les poids, ne mésestimez pas aux gens leurs choses, et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée. Cela est mieux pour vous si vous êtes croyants. Et ne guettez point en tout chemin, menaçant et rebutant de la Cause d’Allah, quiconque croit en Lui, en la désirant tortueuse. Et rappelez-vous lorsque vous étiez peu nombreux et qu’Il vous accrut. Regardez quel ne fut le sort des corrupteurs ! Al Aâraf – v85

Et aux Thamùd, leur frère Saleh. Il dit : « O mon peuple, adorez Allah, vous n’avez d’autre Dieu que Lui. C’est Lui qui vous A Formés de la terre et vous y Installa pour la civiliser. Implorez-Le de vous Pardonner, ensuite, repentez-vous à Lui, car mon Seigneur Est Tout-Proche, Il Exauce. » Hùd – v61

Le Coran met en exergue «ذَ‌ٰلِكُمْ خَيْرٌۭ لَّكُمْ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ Cela est mieux pour vous si vous êtes croyants ». Le mieux est l’excellence du bien tant dans la conduite que le dessein du Musulman qui dépasse les faux clivages pour aller à l’essentiel de la bataille qui se déroule sur son territoire et son époque. Cette bataille n’est pas seulement religieuse et idéologique mais aussi et surtout politique, économique et sociale (éthique et esthétique de vie, de solidarité, de vivre ensemble harmonieux, de dignité, de liberté…). Cette excellence n’est pas en contradiction avec le fait religieux mais l’implique dans l’Islah du Prophète Cho’ayb (as) « Acquittez donc les mesures et les poids, ne mésestimez pas aux gens leurs choses, et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée ».

C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir un projet islamique sans grand projet non seulement politique et économique mais civilisationnel comme Cho’ayb l’appelle de sa force, de sa conviction, de son savoir éclairé par Allah loin des compromissions, des arrangements d’appareils et de la lutte politicienne :

Il dit : « O mon peuple, voyez-vous, si je tiens sur une évidence de mon Seigneur et qu’Il m’Ait Octroyé de Lui-même une bonne subsistance, je ne veux point faire le contraire de ce que je vous interdis. Je ne veux que la Réforme, autant que je peux. Ma réussite ne dépend que d’Allah. Je me fie entièrement à Lui, et c’est à Lui que je reviens. » Al Aâraf – v88

La quatrième empreinte est l’adoration d’Allah :

Et Je n’Ai Créé les djinns et les êtres humains que pour M’adorer. Je ne Veux d’eux nulle subsistance, et Je ne Veux point d’eux qu’ils Me nourrissent. Ad Dàriyàte – v56

Le caractère exclusif du verset « que pour M’adorer » suffit à témoigner que l’adoration d’Allah s’inscrit dans une dimension et un cadre sans limites. Il est impossible de fixer le contenu et les formes de l’adoration d’Allah. Les versets et les Hadiths sont tellement nombreux et les actes humains sont tellement multiples et divers que ni une bibliothèque ni une existence ne pourront énumérer ni les limiter. Les piliers fondamentaux de l’Islam portent l’édifice de l’adoration d’Allah et du service dans sa cause qui va du culte pur et monothéiste, à la libération de l’opprimé, à la civilisation de la terre en passant par la commanderie du bien et le blâme du répréhensible.

La Sourate Al Hajj évoque le pèlerinage, la prière et la zakat sous entendant la Chahada (Attestation de foi) et le Ramadan que le lecteur ajoute de lui-même par pratique du texte coranique et connaissance de la religion.

Le Coran se caractérise par l’ellipse qui donne au lecteur la liberté de construire le sens et qui entraine le lecteur à développer les mécanismes idéiques et imaginatifs pour faire des liens de sens au-delà de l’apparat ou du formalisme littéral car le projet coranique est un grand projet de libération et de civilisation qui repose sur l’homme libéré de l’aliénation, de la médiocrité, du prêt à penser, de l’inertie mentale, politique, sociale ou économique. Tous les énoncés coraniques sont à la fois allégorie, ellipses et mouvement dynamique qui transporte le Croyant dans le monde des idées, des actions positives et constructives sans atteinte à la cohérence, à la globalité et au réalisme à la fois du texte que du territoire dans lequel se meut le Musulman :

Et si Allah ne Faisait réagir les Hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah Est beaucoup Invoqué, ne seraient démolis ! Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj – v40

Il n’y a pas de place à l’attente messianique ni au comportement maraboutique ni à l’infantilisme qui conduisent un peuple ou un État, au Nom de la religion, à se désister de ses droits et de ses devoirs alors que leur Dieu leur demande de porter secours aux opprimés, de défendre les valeurs y compris celles des autres et des leurs quand ils sont persécutés ou visés par la prédation colonialiste.

La cinquième empreinte est le témoignage

Il s’agit de faire du territoire un lieu de conjugaison, une grammaire de la civilisation, mettant en harmonie et en interaction de synergie les mentalités collectives, des expériences historiques et des lieux aménagés, urbanisés, mis en valeur pour témoigner de ce qui fait l’Islam parachèvement du monothéisme : l’Honorificat de l’homme, le Khalifat de Dieu sur terre et l’adoration d’Allah, l’Un, l’Unique sans rival ni associé :

C’est Lui [Allah] qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci [le Coran] : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les Hommes. Al Hajj – v78

Comment témoigner de ce qui fait l’Islam : L’anagogie et l’empathie. L’anagogie est cet élan spirituel vers Dieu avec la conscience de porter l’universel ou d’en être au moins l’écho dans tous les registres ontologiques, sociaux, territoriaux, politiques, économiques et médiatiques. Il ne s’agit pas de se soumettre à l’hégémonie impérialiste ni au despote car l’anagogie est antagoniste avec la culture d’empire et le culte du Taghut ou de Satan qui avilit l’humain, sape la foi, corrompt le territoire de vie et interdit toute expression de témoignage vivant autre que l’apologie stérile et la polémique des hypocrites et des ignorants. L’empathie est cet élan noble et généreux vers l’humanité dans sa pluralité et sa diversité comme élan miséricordieux pour témoigner, dans son cœur, son esprit et son acte de la présence du Miséricordeur Miséricordieux qui a donné existence à ce territoire avec ses ressources, ses hommes, ses bénédictions. C’est aller contre Allah que de faire de ce territoire un lieu de malédiction, un espace de domination de Satan et du Taghut, une corruption généralisée.

Le témoignage n’est pas un luxe ou un privilège pour intellectuel ou écrivain ou concepteur ou hommes politiques mais un devoir pour chaque musulman qui doit participer par ses moyens à produire ce qui donne sens à témoigner, à le diffuser, à le cultiver, à le promouvoir et à le défendre. Le territoire tel que le définit la sourate al Hajj est le lieu de lutte contre l’oppresseur, lieu de prière et lieu de redistribution équitable de la zakat, c’est-à-dire du produit national réalisé par le travail et l’exploitation des ressources. Il n’y a pas de territoire (Makane) si comme le dit le Prophète (saws) il n’y a pas de production de sa nourriture, de son habillement, de ses outillages et de son armement. Il a même précisé qu’il n’y aucun bien à attendre d’un peuple qui se contente de suivre les troupeaux sans but, sans projet de civilisation.

Le musulman ne peut exercer sa vocation et ses missions, dont celle de témoigner, alors que son territoire est profané (najass) par les souillures du colonialisme. Il ne peut y avoir Tamkine sans la consolidation du pouvoir social, politique, économique, urbain, foncier, culturel, industriel, commercial, agraire et intellectuel dans un territoire. Il ne peut y avoir Tamkine si ce pouvoir est entre les mains du colonialisme, des corrompus, des médiocres et des vassaux de l’impérialisme :

Certes, quand les tyrans s’emparent d’une Cité, ils la corrompent et rendent avilis les nobles de ses habitants. C’est ce qu’ils font toujours. An Naml – v34

Après l’indépendance, nous étions dans la possibilité de reconquérir notre territoire dans le sens global et non comme terre ou flotte un drapeau et il est du devoir de chaque musulman de lutter pour une appropriation politique, économique et sociale la plus large de ses ressources nationales pour le profit du peuple et de tous les agents œuvrant dans la transparence, la probité et l’effort méritoire de libérer et de civiliser le territoire :

Et le butin qu’Allah leur A Enlevé pour Son Messager, vous n’avez précipité dessus ni chevaux, ni chameaux, mais Allah Donne pouvoir à Ses Messagers sur qui Il Veut. Allah Est Omnipuissant sur toute chose. Le butin qu’Allah A Enlevé aux gens des Cités, pour Son Messager, revient à la Cause d’Allah, au Messager, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni : afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous. Et ce que le Messager vous a donné, prenez-le, et ce qu’il vous a interdit, abstenez-vous-en, et prenez-garde à Allah, car Allah Punit sévèrement. Et (revient) aux émigrés pauvres, qui furent chassés de leurs demeures et de leurs biens, recherchant une Munificence d’Allah et un agrément, et font triompher la Cause d’Allah et Son Messager. Ceux-là sont les véridiques.
Et (revient) à ceux qui s’installèrent en la demeure et dans la foi, avant eux, qui aiment ceux qui émigrèrent auprès d’eux, et ne trouvent, en leurs cœurs, nulle envie pour ce qu’ils ont reçu, et les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils souffrent de pauvreté. Et quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là alors sont ceux qui cultivent. Et (revient) à ceux qui vinrent après eux, qui disent : « Notre Seigneur, Pardonne-nous ainsi que nos frères qui nous devancèrent dans la foi, et ne Laisse pas de rancune dans nos cœurs contre ceux qui sont devenus croyants, notre Seigneur, Tu Es Compatissant, Miséricordieux ». Al Hashr – v 6 à 10

Ces versets ne sont pas abrogés et nous interpellèrent chaque jour eu égard à la corruption des uns et à la paupérisation des autres. Ils nous interpelleront individuellement et collectivement, le Jour où chacun viendra nu rendre des comptes et tout son corps ainsi que son existence viendront comme des témoins contre lui car il n’a pas témoigné dans ce monde et n’a pas fait de son territoire un lieu de témoignage par la dignité, la vertu, la prospérité, la justice, l’équité, le scrupule inspirant aux autres le respect, la considération et non la prédation et l’humiliation.

Le Prophète a laissé un contenu inégalé en termes de justice sociale sur le territoire où vivent les Musulmans en position de pouvoir sur le territoire s’ils ne veulent pas perdre leur territoire et devenir esclaves ou assistés sur leur territoires et sur les territoires des autres :

« Les gens sont associés en quatre : L’eau, le feu, le sel et les pâturages »

Il ne faut pas être un Mufti des monarchies du Golfe ou le grand communicateur d’al Jazeera pour comprendre le terme « butin » des versets d’Al Hachr et les ressources stratégiques ou vitales de la nation dans le hadith. Il n’y a pas de territoire si le Musulman suit sa passion, son opinion ou les inspirations de Satan, des Hommes ou des Djinns au lieu de se conformer à l’esprit de l’islamité qui l’habite sinon à celui de l’humanité qui l’habite.

L’islamité c’est la territorialisation de l’Islam qui sort du cœur pour s’inscrire dans la cité des hommes et le temporel de son existence. La mondialisation et les visées impériales et sionistes rendent les territoires musulmans des proies que les Musulmans eux-mêmes facilitent par l’abandon de leur souveraineté, la médiocrité de leur pensée et l’inertie de leurs moyens politiques, économiques, communicationnels et éducatifs. Nous sommes mis face au devoir d’actualiser notre lecture coranique et de rendre notre lecture du monde réaliste, globale et dynamique pour donner sens et consistance à notre territoire sinon nous le perdrons sous forme de conquêtes coloniales ou de gaspillage de ses ressources naturelles, financières et humaines. Les Musulmans doivent être cohérents avec la réalité du monde, les principes et les méthodologies coraniques puis prendre position sans confusion ni fuite des responsabilités : Résister comme le dit l’énoncé coranique sur le Makane ou désister de leur vocation et de leurs droits territoriaux et ainsi faire des concessions de plus en plus brutales qui vont non seulement toucher leur Makane mais toucher à l’avenir de leurs enfants et à la religion de leurs parents.

Les cinq maitres du Territoire (Makane)

Est-ce qu’après 15 siècles d’islamité nous avons encore besoin de Fatwas pour nous expliquer l’évidence du Coran et les luttes qu’ont mené les Anciens pour briser l’étroitesse du lieu et l’injustice des hommes et les ouvrir à la dignité de l’homme et à la grandeur de l’Islam ? Non ! Nous avons les fondamentaux de l’Islam qui sont des invariants. Avec ces fondamentaux nous devons cultiver notre être ontologique, social et notre territoire en actualisant nos connaissances et en mobilisant nos compétences.

La maitrise du territoire

Quand la Salat est terminée, déployez-vous de par la terre et recherchez de la Munificence d’Allah, et invoquez souvent le Nom d’Allah, afin que vous cultiviez. Al Jumu’a – v10

Nous sommes ordonnés de nous déployer sur notre territoire comme des agents économiques libres et entreprenants recherchant les Bienfaits d’Allah qu’Il a déposé dans les ressources de notre sol, les efforts de nos hommes. Il ne s’agit pas de vivre comme des rentiers, des experts en corruption, des cupides vivant du Riba déguisé en Halal ou en parasite s’enrichissant dans le marché noir et l’économie informelle qu’un système corrompu entretient pour ne pas aborder les questions des libertés et celles de la gestion du territoire et de ses ressources.

C’est en nous déployons sur notre territoire et en comptant sur Allah que nous pouvons alors espérer le Falah. Compter sur Allah ne signifie par être bigot mais agir libéré de la peur du Taghut et de la servitude à ce qui n’est pas Dieu et tout particulièrement à l’État déliquescent et ses maitres sionistes et impérialistes qui l’avilissent et le volent comme l’Idole de la Jahiliya humiliait les idées, confisquait la dignité et poussait à la perversion morale et sociale pour vivre comme des minus habens errant sans but, en marge de l’histoire des hommes.

Le Falah coranique n’est pas le succès mondain ou la réussite sociale éphémère que l’Islam ne prohibe pas si elles sont méritée et licites. Le Falah c’est la culture au sens propre et allégorique : Cultiver son esprit, sa foi, son efficacité sociale, son territoire, sa liberté, sa dignité, sa vertu, sa prospérité économique, son progrès social, son développement scientifique et technologique, les générations montantes, les droits des pauvres, les devoirs des compétents, l’avenir, l’espérance et l’attente de la Promesse divine dans l’au-delà.

Il ne peut y avoir déploiement dans le territoire et culture du territoire et de ses habitants sans l’émergence des maitres de la territorialisation :

La maitrise d’ouvrage

Il y a trois maitres d’ouvrages principaux : l’État, l’agent économique et la société civile qui investissent et s’approprient une œuvre, qui témoignent de leur présentiel temporel et territorial. Il ne peut y avoir maîtrise d’ouvrage sans légitimité. La légitimité se fait par la reconnaissance de l’autorité ou de la propriété qui a le pouvoir et la capacité de faire faire une œuvre, un témoignage, un acte. Quand le citoyen qui donne légitimité est absent ou occulté, il n’y a pas de maitrise d’ouvrage mais népotisme, gaspillage, gabegie, incurie, passe droits, privilèges, non droit et promotion de la médiocrité et de la corruption.

Sans légitimité, sans représentativité et sans droit, le maître d’ouvrage peut imposer sa légalité par le rapport de force, le rapport de corruption et le rapport de clientélisme. Mais il ne peut en aucun cas accomplir ce que ne peut se faire que dans la transparence, le droit et la légitimité. Ainsi :

  • Il va travailler sans contrat et imposer ses conditions sans négocier ni définir le terme du contrat lié à l’œuvre ni ses droits et ses obligations ainsi que ceux de ses partenaires.
  • Il va se démettre de ses obligations contractuelles.
  • Il va agir sans programme, sans calendrier, sans gouvernail, sans cap ni boussole ni consultation avec des partenaires qui ne peuvent exister car lui-même n’existe pas.
  • Il va être incapable de définir les besoins, leur priorité et encore moins les entités exprimant les besoins, ni celles portant les projets de satisfaction de ses besoins. Il va jouir de son pouvoir et de sa propriété illégitime sans partage de jouissance, de droit et d’intérêt avec ceux de l’utilisateur final de l’ouvrage qu’il ne connait pas et ne rencontre pas.
  • Sans légitimité donc sans normes et sans stabilité, il va cultiver la culture d’allégeance au lieu de celle de la maitrise d’ouvrage qui exige de s’entourer des compétences, juridiques, diplomatiques, économiques, politiques et géostratégiques.
  • Il va être dans l’incompétence totale de maitriser ses budgets et ses dépenses ni de les allouer convenablement.
  • Il sera dans l’incapacité morale, technique, administrative d’effectuer les opérations de recettes d’un ouvrage c’est-à-dire le réceptionner dans les délais, les prix et la qualité.
  • Ignorant tout du métier de maitre d’ouvrage, il va manquer à son devoir de garantir ou de se doter de compétences d’expertises, de garanties et de contrôle.
  • N’étant ni autorité ni propriétaire légitime, il sera dans l’incapacité d’assurer l’entretien, la rénovation, la restauration, la modernisation, la réhabilitation, la restructuration de ses ouvrages usés ou obsolètes. Il sera donc sémantiquement incapable de mener des réformes ou de conduire des projets de salut public.

Dans le schéma de représentation coranique il sera dans ces deux images :

Incapable de conduire des réformes :

Il est parmi les Hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et s’il se détourne, il s’évertue de par la terre pour y corrompre, détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption. Et si on lui dit : « Prends garde à Allah », il est pris d’orgueil par sa coulpe. Que la Géhenne lui suffise donc, et quelles piètres couches ! Al Baqara – v204

Les exemples concrets : Les Chantiers de l’Algérie, ses marchés en main, ses clés en mains, ses produits en main, ses chèques aux étrangers qui rédigent les contrats, les feuilles de route. L’Algérien paye et signe et exécute ensuite très mal, même en vendant son pays il le vend mal au point que les acheteurs ne parviennent pas à comprendre comment avec 200 milliards et une manne céleste, les Algériens sont tous des Haragas en puissance.

Ennemi de tout réformateur :

Et Nous avons Envoyé, en fait, aux Thamùd leur frère Salah : « Adorez Allah ». Mais les voilà deux groupes qui se disputent. Il dit : « O mes gens ! Pourquoi vous hâtez-vous dans la mauvaise action avant la bonne action. Que n’implorez-vous Allah de vous Pardonner, puissiez-vous bénéficier de Miséricorde ? » Ils dirent : « Nous t’accusons de mauvais augure, toi et ceux qui sont avec toi ». Il dit : « Votre mauvais augure est auprès d’Allah. Plutôt, vous êtes des gens qui succombent à la tentation ». Et il y avait dans la ville un groupe de neuf qui corrompaient de par la terre et n’amendaient point. Ils dirent : « Jurez par Allah de le tuer la nuit, lui et sa famille, ensuite nous dirons sûrement à son protecteur : “ Nous n’avons point vu le meurtre de sa famille, et nous sommes vraiment véridiques” ». Et ils ont élaboré une redoutable ruse, et Nous Avons Planifié un irrévocable stratagème sans qu’ils ne se rendent compte. An Naml 45 à 50

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