Du verbiage sur la Constitution sans la réalité objective de l’Algérie [Partie2]

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4 – Que la Constitution donne des droits et des devoirs aux binationaux ou qu’elle les retire cela n’a pas de signification stratégique dans la forme actuelle de l’État. Si cela avait une signification dans l’édification du pays et son progrès alors l’armée des frontières qui a pris le pouvoir au détriment des Moujahiddines aurait un sens, il en serait de même de la suprématie du militaire sur le politique, il en serait de même sur la nature et le sens du pouvoir réel et actuel. Comment arriver au pouvoir et l’exercer, pourquoi, pour qui et comment ? Ce sont ces questions essentielles qui sont sans réponses et il ne peut y avoir de réponses dans un complexe d’incohérences.

C’est le même système d’incohérences qui cherche à se justifier sur les conséquences et inconséquences de l’arrêt du processus électoral sans jamais apporter de réponses politiques, judiciaires, transparentes, cohérentes, justes et crédibles sur le « qui tue qui? ». Les élites algériennes (il n’y a pas encore une élite) personnifient l’incohérence de ceux qui prétendent défendre la vérité alors qu’elles sont ignorantes de la réalité et qu’elles s’accommodent des vérités qui les réconfortent dans leur représentation idéologique de ce qui est le mieux pour l’Algérie faisant fi des Algériens et de ce qui leur ferait du bien ou du mal. Ils sont prêts à servir n’importe qui s’ils y trouvent des gains mondains autant qu’ils sont prêts à mettre l’Algérie à feu et à sang si cela consolide leurs positions idéologiques.

L’incohérence aime le règne de la suspicion, de l’insécurité, des dérogations et des passe-droits. L’incohérence permet la juxtaposition, la confusion et l’opposition factice des centres de décision pour masquer les véritables centres de décision : l’étranger prédateur, les barons de l’économie informelle, les barons de la phagocytation de l’industrie, de l’agriculture, du commerce et du foncier étatique, les bureaucrates, les rentiers du bigotisme, les brocanteurs du nationalisme de pacotille, les véreux parmi les militaires et les policiers. Est-ce que le nettoyage des écuries d’Augias passe par un juridisme constitutionnel ou par un sursaut de conscience citoyenne? Est-ce qu’il passe par les mises en scène vaudevillesques dans ce qu’on appelle l’Assemblée nationale et ses gladiateurs grassement payés ou par l’émergence de ce que Malek Bennabi appelle le sentiment démocratique et la société du devoir.

Seule la société de devoirs peut garantir au national, au binational, à l’investisseur étranger l’espace qui permet à chacun d’exercer ses compétences et d’investir dans un marché concurrentiel sans monopole, sans bureaucratie et sans corruption. Peut-on se faire l’illusion d’avoir des espaces politiques, culturels et idéologiques pour changer l’Algérie ou la gouverner du seul fait de l’édition et de la publication d’une nouvelle Constitution. La réalité de l’investissement étranger comme celle de la micro entreprise est désespérante. La réalité de la fiscalité est horrifiante. La vérité qui ne peut être masquée par des promesses, des codes, des Conseils, des Constitutions ou des discours est celle du registre de commerce. La priorité et la facilité sont dans la délivrance facilitée et expresse du registre du commerce aux jeunes avec des mesures de soutien en matière de formation professionnelle et d’ingénierie de création d’entreprises. L’urgence est dans la lutte contre l’inflation, la dévaluation et la protection de la monnaie nationale. Les urgences ne manquent pas, mais comme l’a bien souligné Malek Bennabi à propos de la mentalité de l’indigène colonisé, il est plus facile pour nous de créer les conditions qui rendent impossible l’action, rédhibitoire son prix et inutile ses conséquences. Nous créons des chantiers pharaoniques et nous nous investissons de la personnalité de Zarathoustra pour faire accoucher une montagne d’une souris. L’art de perdre du temps et de produire de l’entropie en tentant vainement de donner existence à ce qui n’a pas de réalité, à faire apparaitre pour vrai ce qui est illusoire et factice est une stratégie d’évitement pour ne pas affronter la vérité, pour ne pas se confronter à la réalité, et pour ne pas assumer ses responsabilités.

5 – Les auxiliaires zélés et les aspirants à la gouvernance future confondent les révisions constitutionnelles dans les démocraties occidentales avec les fascinations médiatiques des « magiciens de Pharaon » en vigueur dans nos contrées en voie de sur sous-développement par inertie. Pour les démocraties occidentales, y compris les monarchies, la Constitution est façonnée par l’histoire politique, sociale, économique et culturelle dans le rapport des forces et la confrontation des intérêts. Ces pays évoluent : leurs États ainsi que leurs mentalités collectives et leurs intérêts individuels ou corporatistes deviennent plus diversifiés, plus exigeants et plus innovants, faisant évoluer, par leur dynamisme, leur poids et leur force, les institutions et les lois.

En Occident, les changements et les révisions viennent soit comme initiateurs, accompagnateurs ou conformateurs des changements sociaux, politiques, économiques et idéologiques. L’édifice est complexe et mouvant : il exige des spécialisations notamment en matière de droit constitutionnel. Cette spécialisation n’est pas à l’abri de fonctionnement bureaucratique ou de dérives autoritaires d’autant plus que l’idéal démocratique et l’idéal de justice s’effacent de plus en plus au profit des finances pour ne devenir qu’un banal acte médiatique. L’acte médiatique parvient pour l’instant à ne pas gommer les droits fondamentaux et à garantir quelques espaces de liberté et de justice pour éviter la violence et les excès.

Chez nous, il y a une inflation de lois et de constitution sans contrepartie sociale, politique, économique et culturelle. On fait une révision constitutionnelle sans qu’il y ait un processus qui l’exige ou une dynamique qui en résulte. D’un côté, il y a le délire de l’agonisant et de l’autre le silence du moribond. Nous ne produisons ni nos idées ni notre nourriture ni nos vêtements ni nos armes ni nos rêves, dans ces conditions nous ne pouvons que produire des cache-misère pour masquer notre indigence intellectuelle, notre paresse politique et notre arrogance qui n’a d’égale que notre insenséisme. La fascination,  la séduction et la corruption sont les principaux outils pour imposer les syllogismes fallacieux qui font office de vérité ainsi que les narratives qui font fi de la réalité.

Nicolas Machiavel fin connaisseur des mentalités et des us de l’Italie déchirée par les complots, les alliances extérieures et les luttes de pouvoir conseillait aux Princes :

« Il n’y a point d’entreprise plus difficile, plus douteuse, ni plus dangereuse que celle de vouloir introduire de nouvelles lois. Parce que l’auteur a pour ennemis tous ceux qui se trouvent bien des anciennes, et pour tièdes défenseurs ceux mêmes à qui les nouvelles tourneraient à profit. Et cette tiédeur vient en partie de la peur qu’ils ont de leurs adversaires, c’est à dire de ceux qui sont contents des anciennes ; et en partie de l’incrédulité des hommes, qui n’ont jamais bonne opinion des nouveaux établissements qu’après en avoir fait une longue expérience ».

Les énarques et les boulitiques algériens, nationaux et binationaux, s’ils sont plus fourbes que Machiavel, ils ne sont pas dans sa disposition d’esprit ni dans sa disponibilité de temps et d’effort pour unifier l’Italie sous la bannière de la Maison des Médicis. Bien entendu la mégalomanie des Algériens est telle que Ben flen min Dar Felten ignorant et ennemi de la patrie, des arts, de la politique et des sciences serait présenté comme un illustre personnage si la réussite sociale lui est favorable.

Quelle force va vaincre l’inertie immobile où les seules forces qui bougent sont les appétits insatiables et voraces des profiteurs ainsi que les illusions les plus délirantes.

Sous quelle bannière sera administrée l’Algérie dans quelques mois ? Qui sera l’homme fort ? Sera-t-il visible ou tapi dans l’ombre ? Comment va-t-il distribuer la rente alors que les ressources de l’Algérie ont fondu, mais les prétendants et les ayant-droits plus nombreux et plus exigeants? Comment arbitrer entre les seconds couteaux et les jeunes loups ? Comment sauver la patrie qui est conduite vers la faillite totale pour se livrer comme base coloniale et comptoir commercial sans autre vocation ?

Ces cinq points sont suffisants pour illustrer le mode d’entretien du leurre à travers l’innovation constitutionnelle. Ils sont une invitation aux plus sensés et aux plus compétents d’entre nous de refuser d’entrer dans les surenchères stériles voulues par le pouvoir et ses sphères et d’apporter de la pédagogie aux générations montantes :

« Le devoir d’un honnête homme est d’enseigner aux autres le bien que les iniquités du temps et la malignité des circonstances ont empêché d’accomplir, dans l’espoir que d’autres, mieux pourvus et placés dans des circonstances plus favorables, seront assez heureux pour le faire ». Nicolas Machiavel.

Que signifie le bien que chacun doit accomplir pour sa dignité, pour ses voisins, pour son pays, pour sa communauté humaine qu’il soit gouvernant ou gouverné, administrateur ou administré, national ou binational, indigène ou allogène ? La réponse individuelle ou collective peut être réelle ou illusoire, vraie ou fausse. Allah(swt) connait nos intentions et chacun connait le fond de son cœur pour donner sa réponse la plus sincère et la plus conforme à sa réalité. Chaque cité, chaque pays, chaque peuple, chaque récit témoignent par les faits, les gestes, et les intentions son regard ainsi que sa pratique du bien et du mal.

Allah (swt) dans le Coran fait « du bien œuvrer et œuvrer pour le bien » l’obligation qui donne sens à la foi. Sans le bien ‘amal salah notre foi serait superficielle nulle et non avenue comme celle du bigotisme. Ce même Dieu et dans le même Coran a montré que le Qawm (ethnie) se conçoit par rapport à l’unité linguistique indépendamment de la foi et de morale, le Chaâb ou Qabila (peuple ou tribu) se conçoit par rapport à des rapports socio-économiques tissés dans un territoire et une période, la Oumma (communauté ou nation) se conçoit par rapport à une unité de valeurs et à une unité d’orientation. Ce sont des cercles d’appartenance et d’implication qui peuvent être disjoint, conjoints ou en intersection. Chaque catégorie est appelée à coopérer avec l’autre sur les liens du sang, du sol, des intérêts ou des valeurs partagées qui sont les plus sacrés en un moment historique sans confusion ni exclusion. Le point commun est le respect de la liberté, le maintien de la paix, l’instauration de la justice et la réalisation solidaire du bien. Dans la cité des Croyants (majoritaires ou minoritaires) la règle est la commanderie du bien et la prohibition du mal sans exclusive pour un clan ou une confession. On fait le bien pour lui-même, pour sa valeur intrinsèque, pour l’amour qu’il procure, pour la paix qu’il préserve, pour la justice qu’il réalise, pour la spiritualité qu’il déploie, pour le respect qui est dû à soi et aux autres créatures. Le bien n’est pas lié au statut social, à la fonction, à la richesse. Le niveau des responsabilités par contre dépend des moyens, des positions et des relations. Ontologiquement, on devrait se préparer à faire le bien, mais socialement, politiquement et judiciairement on devrait répondre de nos actes et justifier de nos responsabilités. C’est ainsi que se conçoit une société de devoirs dont l’accomplissement finit en droits acquittés et en mérites récompensés. Comment formuler ce principe de surplus du bien en termes constitutionnels lorsque la conscience est absente ?

Le problème ne devrait donc pas se poser en termes de nationalité, mais en termes de contribution au bien et au respect des exigences de la liberté, de la paix et de la justice. Chacun devrait pouvoir évoluer et s’exprimer dans une ou plusieurs sphères d’appartenance à condition qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts ou que l’intéressé ne prenne pas part au conflit. Le seul critère est la compétence comprise comme reconnaissance sociale de la capacité à produire du bien dans sa sphère d’activité et son niveau de responsabilité que ce bien soit moral ou matériel.

Allah (swt) dans l’alternance des civilisations nous fait voir que des civilisations ont duré des siècles, car leur contribution au bien de l’humanité était supérieure à leurs effets de nuisance. Allah garantit la durée au plus efficace et au plus utile. La foi, le nationalisme, les intentions affichées sont sans valeur et sans perspective de devenir ou de témoignage historique si l’œuvre de bien n’est pas fondatrice et fédératrice. Les Romains avaient dominé le monde bien qu’ils fussent païens et colonisateurs. Leurs possibilités de faire le bien en développant l’agriculture, l’architecture, les arts et techniques ainsi que l’administration et le droit apportant du progrès social et technique a l’humanité sont incontestables.

Dans la logique historique, les Romains ne devaient s’éclipser qu’une fois leur vocation achevée devant l’émergence d’une communauté monothéiste plus civilisatrice. Les musulmans se sont éclipsés lorsque leur nuisance est devenue supérieure à leur bien. Constitution, Dawla islamiya ou autre slogan n’a aucune valeur s’il n’y a pas de forces sociales et politiques en mouvement intellectuel, scientifique, moral, technique et économique. La Constitution n’est pas un livret juridique ou une recette de cuisine, mais l’idée, la feuille de route et le désir d’une communauté de se constituer en nation civilisée et civilisatrice de la même manière que des associés se constituent en société pour produire, commercer et gagner ensemble selon des règles convenues et des moyens partagés. La Constitution (les statuts juridiques) est le document fondateur qui concrétise le désir d’être ensemble, les objectifs, les droits et devoirs des participants. C’est un acte de liberté, c’est un acte de conscience, c’est un projet délibéré dont l’énonciation et la réalisation exigent l’existence et la collaboration d’un maitre d’usage, d’un maitre d’œuvre, d’un maitre d’ouvrage, d’un maitre d’exécution et d’un maitre d’homologation pour témoigner d’une présence et montrer le bien que l’on est capable de produire dans une période de temps, dans une étendue de territoire et dans des conditions culturelles, sociales et économiques. C’est ainsi que se réalise le destin des hommes, que prospère leur compétence à faire le bien et que s’inscrivent leurs témoignages dans le temps et dans l’espace :

{Nous vous avons avantagé les uns par rapport aux autres afin que vous soyez mutuellement les uns au service des autres} Coran

Le processus de constitution est un processus foncièrement libertarien même si la liberté reste tributaire des contingences du temps et de l’espace. Les tribus, les ethnies, les peuples, les nations et les civilisations se sont constitués à la fois par leur volonté libre et par les exigences du lieu et du moment dans la quête de la nourriture, de l’abri, des outils, de la socialité et de la sécurité. En s’associant avec les voisins ou en se mobilisant contre les envahisseurs. En évoluant et en se civilisant, les membres constitués raffinent la manière dont ils seront gouvernés, taxés et jugés. Il est impensable de parler de Constitution alors que la Liberté qui la constitue est absente ou que les préoccupations de nourriture, de sécurité, de territoire, de justice, d’alliance qui concernent l’ensemble des membres ne se fassent pas ou se fassent dans la clandestinité, l’exclusion et l’exclusive.

Les élites algériennes au pouvoir ou dans l’opposition n’ont pour référence que les États-majors de la Révolution française ou le schéma contemporain des institutions françaises. Le pourquoi, le comment et le devenir de ce qu’ils ont plagié ne les intéresse pas puisqu’ils ne cherchent que l’alibi et la forme qui fait illusion.

Les maffias et les organisations terroristes sont une autre forme de constitution fondée sur l’usurpation, la violence et le partage de territoire ou de butin. Le chef organise la rapine et arbitre lorsqu’il faut coopter un nouveau membre ou éliminer un ancien. L’arbitre-chef de la Maffia peut concentrer en apparence tous les pouvoirs, mais dans la réalité il décide selon le consensus des petits chefs qui l’ont désigné auparavant.

J’ai cité Machiavel pour illustrer mes propos, car il illustre la pensée de la Renaissance et de l’émergence de l’État nation (État moderne) porté par le développement des sciences, des arts et de la philosophie. Le discours (du bigotisme ou du laïcisme) veut faire croire que les Européens se sont civilisés une fois qu’ils avaient abandonné leur religion alors qu’en vérité ils avaient rompu avec l’oppression sous toutes ses formes et qu’ils avaient consenti le prix pour cette rupture salutaire. Il illustre aussi l’idée de l’émergence de la civilisation occidentale au détriment de la civilisation musulmane. Cette dernière – ayant sombré dans le juridisme stérile des clergés, et des rentiers de la religion et de la politique – ne pouvait plus produire de la pensée innovatrice ou s’occuper des problèmes de la cité des hommes. Au moment où le monde musulman sombrait dans le fatalisme, le piétisme, l’oppression et l’ignorance l’Occident s’éveillait au débat philosophique sur la Souveraineté, la République, la Démocratie. Ils se construisaient des concepts pour lire la réalité et la changer. Nous continuons à ne pas lire objectivement leurs concepts et à vouloir importer ou à refuser leur réalité comme si notre mental binaire ne pouvait que penser en terme d’importation des choses ou d’autarcie. Les uns ne voient pas la réflexion et la démarche historique pour construire la liberté et la justice qui manquent dans nos cités et se contentent d’importer des parlements, des constitutions, des élections comme on importe des pommes de terre. Les autres refusent de voir l’expérience des autres et se contentent de traduire l’Islam en une série d’interdits et de tabous figeant la pensée dans un rituel de comportements et de mentalités anachroniques et inefficaces. Que nous nous déclarions partisans de l’Occident ou ses ennemis jurés c’est toujours notre façon de penser et nos confusions sur les réalités et nos incohérences sur la vérité qui ont véritablement produit notre décadence puis notre colonisation par les Occidentaux. C’est notre mentalité qui continue de nous imposer les schémas mentaux du colonisé dont l’unique promotion est d’être l’axillaire du bureau arabe dans l’administration coloniale ou porteur de fardeaux dans le comptoir commercial. Nous refusons de produire notre résistance et notre développement.

Je ne vais pas finir ce sujet sans poser une autre question : est-ce que le bien est accessible à tous ? Oui par notre nature primordiale nous avons la disposition de nous émouvoir devant le bien et le mal comme de nous émouvoir devant le beau et le laid ainsi que devant le juste et l’injuste. Mais la routine insensée et la quête des intérêts contaminent notre nature et la rendent insensible à la vérité et à la réalité. Allah (swt) dit :

{Celui-ci est Allah, votre Seigneur Al Haqq. Au-delà du haqq qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ? »}

Les subtilités du langage vont nous donner des interprétations et des traductions dont le sens profond est à chaque fois différent :

{Tel est Dieu votre vrai Seigneur. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ? »}

{Tel est Dieu, votre Seigneur véritable. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

{Tel est Dieu, votre Seigneur véridique. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

Toutes ces traductions ont manqué de vérité et de réalité en oubliant que les termes « vrai », « véritable » et « véridique » ne sont pas synonymes même s’ils sont proches. Le plus grave c’est que le terme Al Haqq n’est pas un attribut ou une épithète qualifiant Allah, mais un Nom parmi les saints noms d’Allah (swt). Il faudrait plutôt lire l’Aya comme ceci :

{Celui-ci est Allah, votre Dieu (qui est) la Vérité-Réalité. Au-delà du vrai et du réel qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

En se détournant du réel et du vrai il est impossible d’accéder à Dieu comme Vérité et Réalité tant dans son existence, que dans Ses Actes et Paroles pour se trouver dans la situation d’inventeur d’idoles et de mythes. En se détournant de Dieu, l’homme faillible ne peut accéder à la réalité objective ni à la vérité absolue dans ce monde et il sera privé de la rencontre de Dieu dans l’au-delà. Cette Aya n’est pas seulement une déclaration d’identité sur Dieu, mais un concept de déconstruction des fausses croyances, une mise à l’épreuve de l’esprit devant les légendes, les narrations, les idoles et les illusions. C’est l’invitation spirituelle et philosophique la plus complexe qui soit donnée à l’humanité pourvue de raison, de logique et de quête de sens. Le rapport entre la vérité et la réalité et ses incidences sur la liberté, la justice, l’art et l’épistémologie scientifique est sans doute le débat le plus étendu et le plus complexe de l’Antiquité à nos jours.  C’est sur ce terrain que se construisent la certitude et la connaissance y compris en matière de foi.

Je reviendrai une prochaine fois, inchaallah, en détail sur quelques sens spirituels et philosophiques de cette Aya coranique. Pour l’instant, elle va nous guider à poser les dernières questions sur le leurre et le mensonge entretenus par la médiocratie et son réseau de clientèles :

Celui qui ne dispose pas de la vérité (sémantique du texte, concepts philosophiques, grands principes moraux, amour désintéressé, acuité intellectuelle, méditation sur l’histoire, quête sur le sens des phénomènes, vigilance de discernement) peut-il s’émanciper de la perception, des représentations et des modèles donnés à voir ou à imiter pour se libérer et enfin voir et comprendre la réalité objective puis la transformer? Celui qui est ignorant de la réalité objective des choses peut-il accéder à la vérité c’est-à-dire trouver le sens logique et gnoséologique qui lui permet de penser, d’agir et témoigner avec connaissance et certitude, et non par suggestion ou impulsion, fascination ou manipulation, leurre et fiction, peur ou cupidité ?

Comment la réalité et la vérité participent-elles ensemble à l’élaboration de la pensée et de la certitude? Est-ce que la pensée peut se passer de vérité et de réalité ? Est-ce que l’action peut se passer de pensée ? La vérité statique et la réalité figée du moment ou du passé ne sont-elles pas un frein à la réalité du devenir et au devenir de la vérité au point de mutiler l’esprit et la société? Est-ce que la liberté et la justice sont des accessoires ou des composants essentiels dans l’acquisition et la formulation de la vérité et de la réalité ? Est-ce que le bien, le concevoir et le faire, peut-il se passer de la vérité, de la réalité, de la justice et de la liberté? Est-ce que la quête de vérité et l’observation de la réalité peuvent guérir l’homme de l’incohérence ontologique et de l’illusion de la représentation qui lui fait superposer ou coexister plusieurs “réels” et plusieurs “vrais” ?

Les énarques algériens qui n’ont jamais mis les pieds dans un atelier de fabrication ou de réparation et qui n’ont aucune disposition pour réparer ni Algérie ni vélo vous diront que l’Algérie n’a besoin ni de philosophie ni d’art ni de Coran, mais de technique alors qu’ils ont démantelé tout l’appareil industriel et technique acquis en clé en main et en produit en main.

Si les Algériens, nationaux et binationaux, gouvernants et gouvernés, mono ou biculturels continuent de croire qu’ils peuvent se dispenser de penser et qu’il leur suffit d’importer leurs modèles d’administration et de gouvernance alors tous les ans nous aurons une nouvelle Constitution pour cacher les dislocations de ce qui fait une civilisation : le territoire, la langue, la mentalité collective, l’histoire et l’économie. C’est par la pratique pensée de la réalité, de la vérité, de la justice et de la liberté dans ce qui fait ou défait la civilisation que l’homme prend toute la mesure de sa faillibilité et de son drame ainsi que de sa grandeur et de sa dignité.

À travers ces exemples nous pouvons déduire que nous mettons toujours la charrue devant les bœufs et que nous occultons la priorité en l’occurrence revendiquer le droit du sens et le retour aux fondamentaux qui sont les véritables garanties de notre devenir ainsi que de nos ambitions légitimes à la promotion intellectuelle, sociale et politique. Je fais le choix, ici, de rester proche de la vision kantienne, car elle me semble la plus proche de l’idée coranique et revendiquer l’État qui n’a pour vocation que d’être l’unique garant de la liberté collective et individuelle, de défendre la justice qui doit demeurer équitable, indépendante et impartiale. Quiconque occupe ou cherche à occuper des fonctions étatiques supérieures ou subalternes doit :

« Entrer dans un État juridique est un devoir, un impératif catégorique juridique. Dès lors, chacun doit se considérer comme contractant, comme membre de la volonté unifiée d’un peuple ».

Pour le reste, c’est à la société de se prendre en charge sous les formes organisées les plus adéquates à son dynamisme social, culturel, économique et intellectuel. En tout lieu et en tout moment, il devrait y avoir un contrat librement négocié, une adhésion librement consentie et des règles communes à respecter.

Les grands principes universels de droit et d’éthique de la gestion de la cité et de la relation entre les citoyens sont les suivants :

{… ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable pour ceux qui sont devenus croyants, qui s’en remettent à Dieu, qui évitent les péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salat, se consultent (librement) entre eux à propos de leurs affaires, dépensent (au profit des pauvres et des faibles) de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent. La sanction d’une mauvaise action est une peine identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n’aime point les injustes ! Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, …ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux ; il n’y a de peine que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus sur terre, contrairement au droit, alors ceux-là auront un châtiment douloureux. Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires.} As Choura 36 à 43

Il ne s’agit que de droit, de justice et de liberté. Ce sont leurs valeurs, leurs principes, leurs règles et leurs pratiques qui effaceront les disparités fabriquées, les leurres entretenus, les discriminations subies. Encore une fois si est libre de rêver de son Algérie et de voir la réalité algérienne comme il la perçoit, mais lorsqu’il s’agit du destin d’un peuple et de ses sacrifices alors les attentes changent selon les niveaux d’exigence morale, intellectuelle et patriotique que l’on s’est fixé ou que l’on s’est forgé dans sa vie.

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La Rédaction

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