Du verbiage sur la Constitution sans la réalité objective de l’Algérie [Partie1]

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Chacun se trompe ici-bas.

On voit courir après l’ombre

Tant de fous, qu’on n’en sait pas

La plupart du temps le nombre.

Au Chien dont parle Esope il faut les renvoyer.

Ce Chien, voyant sa proie en l’eau représentée,

La quitta pour l’image, et pensa se noyer ;

La rivière devint tout d’un coup agitée.

A toute peine il regagna les bords,

Et n’eut ni l’ombre ni le corps.

La Fontaine, dans « le chien qui lâche sa proie pour l’ombre », montre le nombre important d’insensés et de cupides qui abandonnent la réalité et la vérité pour quelques fictions et quelques mensonges ainsi que les naïfs qui s’acharnent à vouloir redresser l’ombre la confondant avec l’objet tordu sur lequel ils n’ont pourtant pas de prise.

Lorsque la vérité de situation et la réalité du terrain nous échappent, nous pensons, nous parlons et nous agissons comme des sujets en proie aux hallucinations et aux illusions.  Philippe Grasset décrivant les maquillages médiatiques dit :

« il nous importe d’affirmer que, entre les multiples “réalités” créées par notre univers de communication et de manipulation de la communication dans tous les sens, et d’autre part la difficulté de distinguer celle des “réalités” qui l’est vraiment (réelle), apparaît dans des cas précis et significatifs quelque chose qu’on pourrait qualifier de “réalité objective”, suscitée par une situation telle qu’on peut avoir l’intuition de la fixer, qui donne une indication indubitable de la vérité de notre temps. Cette “vérité de la situation” est, disons, une ouverture rapide et momentanée, mais significative et lumineuse, sur la réalité objective ; elle permet de déduire la “vérité de notre temps”, qui doit nous servir de référence. »

Ce n’est qu’une fois la vérité de situation ou la réalité objective saisie que l’on puisse alors se prononcer avec discernement et prendre parti comme le faisait notre Prophète (saws) :

« Allah mon Dieu faites-moi voir Al Haqq (vérité-réalité) comme haqq (vrai-réel) puis accordez-moi la faculté de m’y conformer ; fais-moi voir Al Batil (mensonge-faux) comme Batil (mensonger-fallacieux) puis accordes-moi la faculté de m’en détourner »

Discerner n’est pas un banal exercice intellectuel et prendre parti n’est pas devenir partisan, mais engagement pour servir la vérité et transformer la réalité sinon endurer avec courage et constance l’adversité sans se compromettre ni se renier :

« Allah mon Dieu! Accordez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en discerner la différence »

Les têtes bien pensantes bien au confort dans l’ordre actuel des choses ne sont pas concernées par le changement nécessaire au salut de l’Algérie et les attentes des Algériens. Leurs réalités et leurs vérités ne vont pas plus loin que les ambitions personnelles et les intérêts immédiats. Toute la critique du nouveau texte constitutionnel se résume à leur regret de ne pas voir quelques « conseils » s’institutionnaliser, de ne pas faire du Tamazigh langue officielle des documents administratifs, de faire peu de cas des binationaux, de donner trop de pouvoir au président… Pour ne pas trop se compromettre, certaines intelligences concèdent que la perfection appartient à Dieu et qu’une constitution aussi parfaite soit elle, n’est qu’une étape oubliant de nous préciser la nature, les modalités et l’échéance de cette étape dans un processus qui peut nous conduire au néant puisque personne ne sait où va l’Algérie.

Le régime très habile et bien assis grâce surtout à l’insenséïsme des uns et à la naïveté des autres fabrique des leurres, de faux combats, de fausses préoccupations et de fausses priorités dont le vacarme « médiatique » vise à fabriquer de nouvelles réalités et de nouvelles vérités pour faire oublier l’imposture et l’incompétence des faillitaires qui n’existent que sur le plan de la communication et du gaspillage des ressources. L’Algérie n’est pas un chantier où les compétences rivalisent d’ingéniosité et d’effort, mais un casino où les assistés attendent le nouveau messie et ses miracles.

L’instrumentalisation idéologique du berbère et de l’amazighité ne tient pas devant la raison, l’histoire et l’archéologie. Il y a des problèmes sociologiques et culturels qui ne peuvent être réglés que par le développement social et l’émancipation dans une Algérie libérée des mythes et des tabous. Une, deux ou trois langues nationales ou officielles ne changeront rien à notre faillite politique et économique comme il ne changera rien à notre indigence culturelle et morale : nous sommes des analphabètes trilingues incapables de lire la vérité de situation et d’écrire le changement de notre réalité.

Après les disparités linguistiques, ethniques, régionales, politiques l’Algérie entre dans la postmodernité en reculant et avec une nouvelle disparité : national/binational ou Algérien de souche/franco-algérien.

Il s’agit de la manœuvre communicationnelle autour de l’article 51 de la révision de la Constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire qui fait couler beaucoup d’encre en ces moments propices à l’insulte, à la diversion et aux confusions sur le devenir fatal du pays qui semble ne plus trouver de voie de salut ni de voix de raison. Le vacarme entretenu par les clients, les oppositions asservies, les prétendants à la rente et les réseaux corporatistes – pour donner illusion de vie et leurre démocratique – n’intéresse personne. Le patriotisme des canailles et l’arrogance des proxénètes qui abusent de l’Algérie et la livrent comme une prostituée à la rapine seront balayés par le vent de l’histoire lorsque le peuple algérien deviendra plus mature et plus responsable et changera l’hymne national « one two three viva l’Algérie » par « one two free où va l’Algérie » ou lorsque tout simplement et avec véracité il donnera réalité au serment de novembre 54 et à la vérité révolutionnaire :

Nous jurons par les tempêtes dévastatrices abattues sur nous

Par le sang pur généreusement versé

Par les éclatants étendards flottant au vent

Sur les cimes altières de nos fières montagnes

Que nous nous sommes dressés pour la vie ou la mort

[…]

Nous sommes des combattants pour le triomphe du droit

Pour notre indépendance, nous sommes entrés en guerre

[…]

Le verdict, Notre révolution le rendra

Car nous avons décidé que l’Algérie vivra

Soyez-en témoins ! Soyez-en témoins ! Soyez-en témoins !

Il ne s’agira plus de chercher à n’importe quel prix sa part de la rente ou son insertion dans le système de cooptation pour se servir, mais bien de reconfigurer l’Algérie pour que les Algériens puissent vivre citoyens prenant part aux changements du monde et au progrès de l’humanité sans rien ne devoir à personne.

Tout Algérien qui a – lui ou sa famille – donné sa part de sang, de larmes et de sueur, par amour et par devoir, ne peut attendre moins que la gloire de l’Algérie par la liberté, la justice et le progrès eu égard aux sacrifices des Algériens, à la position géographique de l’Algérie et à ses ressources. Toute réussite mondaine sociale, politique ou économique, toute référence à l’Islam ou au nationalisme, tout appel à la modernité et à la citoyenneté, toute attente générationnelle ou corporatiste, et toute ambition personnelle en deçà de la gloire de l’Algérie sont mesquineries et tartufferies même si elles peuvent paraitre “légitimité” et “légalité” au regard des pratiques et du droit en vigueur.

Il ne s’agit pas de jeter des anathèmes sur les gouvernants, les partisans, les corporatistes et les pseudo opposants qui entretiennent le leurre d’une gouvernance ou d’une démocratie, ou du changement, alors que l’Algérien Lambda sait que le système est mort et décomposé depuis longtemps, car il est sans idées sur le devenir et sans possibilités de se reformer. Il ne s’agit pas d’appeler à un énième rassemblement partisan ou multi partisans et se présenter comme alternative, substitut ou auxiliaire du pouvoir en place. Il s’agit de s’offusquer contre la laideur de notre manière de penser au devenir de l’Algérie et de notre mode de lui exprimer un amour vulgaire, accaparant et exclusif comme si elle était chose à posséder et non idéal à servir.

Lorsque le binational (franco-algérien) crie au scandale, car on lui a fermé une possibilité de promotion politique dans l’appareil d’État il ne fait qu’exprimer ou bien son ignorance du fonctionnement de l’État algérien ou bien son appartenance au jeu de communication qui consiste à donner vitalité à un système agonisant qui croit et qui veut continuer de faire croire qu’il est la vérité implacable et la réalité incontournable sans lesquelles il n’y aurait point de salut.

Et pourtant :

1- Tous les agents économiques, sociaux, culturels et politiques marginalisés du fait de leur probité morale et intellectuelle et de leur compétence savent que si en France la tendance est pour la préférence nationale, en Algérie la tendance est au contraire pour la préférence étrangère d’une manière générale et française d’une manière particulière. Le mononational et le binational sont logés à la même enseigne : ou bien ils appartiennent à la pépinière de la cooptation et de la préférence étrangère qui les destine à la promotion ou bien ils appartiennent à la plèbe exclue et méprisée. Les Constitutions algériennes (anciennes, présentes et futures) même si elles sont admirablement bien “écrites” ne demeurent dans la réalité objective que des exercices de style pour les scribes du pouvoir lequel se complait à faire un étalage triomphaliste de ses prouesses alors que la vérité indique l’imposition de la rente et la vassalisation comme idéologie dominante.

2 – Les services de sécurité respectant à la lettre le principe de « l’algérianité » se sont opposés à la nomination d’Algériens jugés « douteux » à des fonctions supérieures, mais le système de cooptation les a maintenus à leur poste alors que le réseau d’affaires leur a permis des privilèges de la fonction et profiter des largesses de la rente puis de faire profiter leurs clients et leurs donneurs d’ordres.

Nous pouvions comprendre qu’un système né de la guerre de l’Indépendance puisse se focaliser sur l’ennemi extérieur pour assoir son emprise sécuritaire sur le pays ou qu’il cultive des mythes pour distribuer des rentes historiques, religieuses, sociales et politiques ou qu’il crée de fausses dualités entre les Algériens (Arabes/Kabyles, nationaux/binationaux, islamistes/laïcs, etc.), nous ne parvenions pas à comprendre l’absence de transparence dans la promotion ou de l’exclusion des Algériens ainsi que le mépris des règles élémentaires qui protègent l’État de la trahison et de la corruption que ce même État a édicté. Il semble que le projet de destruction de l’Algérie et la vengeance contre la guerre de libération nationale ont été menés avec une main de diable sous couvert du nationalisme excessif et du culte du secret et de l’interdit. 54 ans après l’indépendance, la vérité et la réalité de notre pays continuent de nous échapper, les principes d’édification sont bafoués, les valeurs nationales sont gommées, les ressources sont dilapidées…

Dans un pays de droit le problème ne se pose pas en termes de nationalité, mais en termes de critères de compétence et d’efficacité lorsque ceux-ci sont transparents et régis par le fonctionnement démocratique et la légalité. Bien entendu, chaque pays est libre de définir ses critères d’accès et de promotion aux hautes fonctions, de les élargir ou de les restreindre, lorsque cela est conforme à son histoire et aux exigences politiques de son présent et aux attentes de son devenir. Mais chez nous le problème se pose en termes d’arbitraire. Chez nous le problème se pose en termes d’absence de transparence : quelle est la vocation de la nouvelle Constitution et quelles sont les garanties de la souveraineté nationale dans ces moments de changement planétaire ? Est-ce qu’on confectionne une Constitution pour un président invalide, pour un futur vice-président, pour un cabinet de l’ombre ou juste pour donner l’illusion de la vitalité.

Ceux qui sont attachés à la réalité objective et à la vérité savent que chacun a le droit à l’erreur et à la faute, car elles font partie de l’effort d’apprentissage, d’expérimentation et de connaissance. Ils savent que l’illusion est pire que l’erreur, elle est irrattrapable par son entropie, ses déchirements, ses déceptions, ses abus. Il faut vivre la réalité des microbus, des hôpitaux et des administrations qui font office de service public pour voir la vérité transparaitre dans le faciès des Algériens. Le peuple algérien est docile, corvéable, naïf, supportant toutes les humiliations et toutes les colonisations, mais lorsqu’il se révolte il devient dur, impitoyable et imprévisible. Pour l’instant, comme un chameau, il rumine ses illusions, sa détresse et sa soif. Il peut se mettre à mordre lorsqu’il saura qu’il a été abusé et qu’on lui a vendu de la fausse monnaie, de fausses représentations du réel, de fallacieuses significations du vrai.

3 – En début d’année 2016, l’émission la plus populaire de la TV algérienne « Alhane wa chababe » qui vend l’illusion de devenir riche et célèbre par la chanson sans passer par l’apprentissage du chant et de la musique (c’est à dire par l’effort assidu et le respect des règles d’harmonie) a exposé parmi les dix lauréats de son concours 2015 une jeune fille de 18 ans en foulard chantant en français :

Douce France

Cher pays de mon enfance

Bercée de tendre insouciance

Je t’ai gardée dans mon cœur!

Oui, je t’aime

Et je te donne ce poème

Oui, je t’aime

Dans la joie ou la douleur.

Douce France

Elle est libre d’aimer la France en Algérie comme les Algériens sont libres d’aimer l’Algérie en France à condition que l’inspiration de Charles Trenet l’auteur-compositeur transparaisse dans l’émission algérienne et dans l’esprit de son jury et de ses apprentis chansonniers :

Il revient à ma mémoire

Des souvenirs familiers

Je revois ma blouse noire

Lorsque j’étais écolier

Sur le chemin de l’école

Je chantais à pleine voix

Des romances sans paroles

Vieilles chansons d’autrefois.

Que signifie chanter l’amour d’un pays lorsque le président du jury proclame le devoir de « assala » (authenticité) confondant lui-même l’authentique et le folklorique et ne se pose sans doute ni la question sur sa légitimité et sa compétence ni sur celle de la chanteuse qui vient déclarer son amour maternel à la France. Pour le jeune candidat Harrague à l’exil pour jouir de la bi-nationalité ou de la bi-clandestinité les priorités ne sont ni celles du président du jury ni celles du chœur. Il ne va pas attendre les promesses socioéconomiques et les attendus juridiques pour se faire une idée de ce qui l’attend ici ou une illusion de ce qui l’attend ailleurs. Lorsqu’on voit les réalités des mondes parallèles en se posant la question sur la vérité on se trouve plongé dans le désarroi total pire que la schizophrénie et ses délires.

Que signifie chanter un poème lorsque l’école et l’environnement qui l’ont inspiré sont absents aussi bien dans le répertoire culturel et intellectuel du jury que dans l’imagination et l’imaginaire de la chanteuse? Quelle est notre priorité : restaurer la vocation de l’école et promouvoir la pensée et les arts ou cultiver le narcissisme des gouvernants. Quelle est notre priorité : chanter à la gloire de Bouteflika et de sa Constitution ou mettre fin aux agissements malfaisants de ceux qui ont détruit l’école algérienne et sapé le devenir des écoliers algériens dans les illusions et les antagonismes idéologiques sur la langue arabe et l’Islam ?

Que signifient l’algérianité, la francité, la binationalité et leur débat dans la nouvelle Constitution lorsque l’école est sinistrée, lorsque la langue qui fait l’identité d’un peuple et le canevas de ses idées et de son expression n’est pas pratiquée. L’incohérence linguistique et son corollaire l’incohérence idéique est totale avec ou sans la nouvelle Constitution, avec une deux ou trois langues nationales, avec ou sans les binationaux. Faute de cohérence on s’invente des sujets et des personnages de diversion et de polémique.

Il est temps de reprendre les choses par leur commencement : se réapproprier la compétence adamique de nommer c’est-à-dire de produire des concepts et du sens pour désigner dans des expressions intelligibles et le vrai et le réel pour se libérer des illusions de la perception et du diktat des choses. Sinon va s’appliquer contre nous en tant qu’être ontologique, territoire et temps d’existence la suprématie du faux et de la fiction. Le philosophe Hobbes disait :

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vérité ni fausseté ».

Il faut voir l’univers des Algériens : entassement de choses dans un monde où tout est devenu chose y compris la religion. Les petites gens avec de petits esprits, mais avec un grand appétit de choses sont convaincus avec fierté que Bouteflika a réalisé de grandes choses.

Lorsque l’école, le personnel politique et la société s’approprieront les attributs du langage qui façonnent le civilisé alors les fondements constitutionnels que sont la liberté, la justice, la vérité et la réalité, une fois bien ancrés dans l’esprit et la praxis, permettraient de débattre sereinement et efficacement de chaque volet et de chaque article de la Constitution. Pour l’instant nous commençons à entendre sourdement le récit de la fable de Midas et son bonnet d’âne malgré les narratives sur nos Ulysse et les travaux d’Hercule.

Encore une fois, dire la vérité sur la réalité n’est ni un exercice de style ni une diversion philosophique, mais une invitation à réfléchir au problème de fond. Pour illustrer davantage ce problème, il faut se pencher sur la manie des gouvernants et des opposants de revendiquer l’État de droit (Dawlat al Qanoun) sachant qu’il y a une confusion sémantique et praxitique entre deux notions diamétralement opposées : l’État de lois et l’État de justice (dawlat al ‘adl) ainsi que deux conceptions de souveraineté et de gouvernance : La République et la Démocratie. La République (res publica signifiant chose publique) est la situation où l’État appartient aux citoyens selon le principe de la justice qui arbitre entre eux et de la liberté qui leur confère le droit de se constituer en sociétés et en État et de se fédérer avec d’autres peuples. La Démocratie est la situation où le pouvoir issu des urnes ou de la révolution gouverne au nom du peuple selon le principe des lois (légalité et légitimité révolutionnaire, constitutionnelle, etc.). Dans la République le principe fondateur et fédérateur est la liberté, cette liberté soit elle-même résulte d’une revendication de justice soit elle a pour conséquence l’exigence de justice et d’équité. La démocratie peut par contre s’accommoder de lois injustes et de dictature au nom du peuple ou au nom de la majorité.

Emmanuel Kant dans « Projet de paix perpétuelle » énonce les principes d’une manière simple et concise :

« La constitution fondée premièrement sur les principes de liberté des membres d’une société (en tant qu’hommes), deuxièmement sur les principes de dépendance de tous envers une législation unique commune (en tant que sujets), et troisièmement sur la loi de leur égalité (en tant que citoyens), seule constitution qui dérive de l’idée d’un contrat originaire sur lequel doit être fondée toute législation de droit d’un peuple, c’est la constitution républicaine…

Afin de ne pas confondre (comme cela arrive communément) la constitution républicaine avec la constitution démocratique, il faut faire la remarque suivante. On peut diviser les formes d’un État (civitas) soit selon la différence des personnes qui détiennent le pouvoir suprême, soit selon la manière, quelle qu’elle soit, dont le chef gouverne le peuple. La première s’appelle proprement la forme de souveraineté (forma impreii) et il n’y en a que trois possibles : ou bien en effet un seul, ou bien quelques-uns unis entre eux, ou bien tous les citoyens ensemble, détiennent le pouvoir souverain (autocratie, aristocratie et démocratie); pouvoir du prince, pouvoir de la noblesse, et pouvoir du peuple; la deuxième est la forme de gouvernement (forma regiminis) et concerne la manière, fondée sur la constitution (l’acte de la volonté universelle qui fait de la foule un peuple) dont l’État use de sa pleine puissance. A cet égard elle est soit républicaine, soit despotique. Le républicanisme est le principe politique de la séparation du pouvoir exécutif (le gouvernement) et du pouvoir législatif ; le despotisme est le principe selon lequel l’État met à exécution de sa propre autorité des lois qu’il a lui-même faites ; c’est donc la volonté publique maniée par le chef d’État comme sa volonté privée…

Toute forme de gouvernement qui n’est pas représentative est proprement une non forme parce que le législateur ne peut-être, en une seule et même personne, également l’exécuteur de sa volonté…

Il est incontestable que la manière de gouverner importe plus au peuple que la forme de l’État… Le problème de la formation de l’État, aussi difficile qu’il paraisse, n’est pas insoluble, même pour un peuple de démons (pourvu qu’ils aient de l’entendement), et il se formule ainsi : « organiser une foule d’êtres raisonnables, qui tous ensemble réclament pour leur conservation des lois universelles… »

Le fait politique et historique en Occident a occulté la philosophie politique et par mimétisme et paresse nous nous trouvons dans la confusion entre les deux notions tout particulièrement en France. En Algérie, nous commençons notre histoire moderne là où finit celle des autres à laquelle nous y ajoutons l’aliénation idéologique des laïcistes algériens aux Français, l’immaturité politique des islamistes et la dictature du pouvoir en place. Les raccourcis historiques et les mauvais curseurs idéologiques n’ont donc jamais permis l’émergence d’un débat politique et intellectuel sur les conditions et les processus d’instauration de la République et de la Démocratie les plus conformes à nos désirs, à nos valeurs et au devenir de l’Algérie dans le destin des autres nations. Non seulement nous avons reconduit l’administration coloniale, mais nous l’avons confié à des « énarques » et à des cooptés au moment où nous avions plus besoin de politique, de philosophes et d’artistes pour innover, libérer et développer le pays.

Il faut bien admettre que l’idéal universel de vivre libre, en paix, bénéficiant de la justice, et jouissant d’une identité nationale s’est exprimé durant la guerre de libération nationale. La déclaration du 1er novembre 54 est pour nous l’équivalent de la déclaration d’indépendance des États-Unis ou de la Déclaration des droits de l’Homme en France. C’est cet esprit de novembre 54 avec les aspirations populaires de liberté, de justice, de progrès qu’il nous faut restaurer, promouvoir et traduire en pensées, en comportement et en actes. Le reste c’est de la diversion. La liberté n’a aucun sens si elle s’énonce sans la justice et le droit :

Allah (swt) nous demande de gouverner selon le principe suivant :

{Ô David ! Nous faisons de toi un successeur sur Terre. Juge entre les hommes avec le Haqq } Sad 23

Le Haqq coranique renvoie aux principes d’équité, de justice, de vérité, de droit et de connaissance de la réalité. Ce sont des principes fondateurs et fédérateurs qui garantissent la paix et le progrès dans ce monde ainsi que le salut ultime dans l’autre monde. Galvaudés par notre pratique bigote ou par notre reniement idéologique nous ne voyons pas les vraies conséquences et leur réalité dans ce monde tangible ou dans l’autre monde :

{et garde-toi de suivre tes penchants, si tu veux rester dans la Voie du Seigneur, car ceux qui dévient de la Voie du Seigneur subiront de terribles châtiments pour avoir oublié le Jour du Jugement} Sad 23

La réussite de l’Occident et sa suprématie résident dans l’efficacité de leur mode de gouvernance et le respect de leurs principes de justice et de droit. Les nouvelles bureaucraties, les finances et les médias sont en train de saper les derniers bastions républicains ou démocratiques.

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La Rédaction

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