L’acte 7 versus sept ans de guerre de libération nationale

La coïncidence du chiffre sept me fait évoquer la similitude entre l’euphorie de mars 1962 et l’hystérie d’avril 2019. On trouve des similitudes :

Le caractère festif et illusoire qui a permis aux opportunistes et mêmes aux adversaires de l’indépendance de s’approprier la victoire et les sacrifices d’un peuple.

La zerda et le culte de la personnalité qui ont permis aux experts en intrigue de lancer des procès et des mesures punitives contre les « harkis » pour faire écran sur leurs trahisons, leur confiscation des biens vacants et leur emprise sur les administrations et les titres honorifiques de Moudjahidines.

Les gens avisés et informés n’étaient pas écoutés, le tonnerre et la foudre du sensationnel et de la fascination faisaient taire leurs voix.

L’orgueil et la fierté sont légitimes, mais le devoir est plus légitime.

En terme de devoir nous aurions aimé que le Président Bouteflika (ou son entourage) négocie sa sortie de manière la plus honorable. Nous aurions aimé que cette négociation se fasse dans l’intérêt de la nation algérienne et dans l’apaisement. Laisser un président contesté n’est pas une bonne sortie. Laisser un gouvernement illégal et illégitime n’est pas une bonne solution. Laisser l’ANP monter au créneau politique et s’exposer en ces moments de confusion interne et de menaces extérieures n’est pas une bonne solution.

Toutes les failles et les incohérences des conseillers de la Présidence et des hauts bureaucrates vont être exploitées par les revanchards, les traitres et les infantiles pour rendre l’intérim compliqué, je n’aime pas le terme transition pour ces connotations politiciennes.

L’Armée algérienne tiendra la route face aux intimidations, aux critiques et aux contestations, mais le débat et l’organisation, préalable à une bonne reprise du processus démocratique, risquent d’être détournés ou se limiter soit à des exigences impossibles soit à de l’artificiel. L’Etranger n’a pas dit son dernier mot : il faut juste écouter comment ses médias prennent en charge la question algérienne et essayent d’imposer leur vision et leur agenda.

Le volontarisme ne suffit pas une fois l’euphorie tombée et la réalité émergée.

Ceci dit faisons un parallèle avec ce qui s’est passé en Syrie, en Tunisie et en Égypte juste pour comprendre les risques et les dangers, même si la situation n’est pas la même.

La Syrie a été conduite à la guerre civile pour être morcelée et pour que l’armée sioniste reste la seule armée présente dans la Région une fois que l’armée irakienne a été dissoute et les clivages idéologiques et sectaires attisées dans les populations et les élites. On trouve les acteurs suivants : les Frères musulmans, les laïcs pro occident et les Étrangers. A ce jour la Syrie ne parvient pas à trouver la paix et aller vers la reconstruction car les Etrangers ne veulent ni de la victoire de l’armée syrienne, ni du renforcement de la résistance (Hezbollah), ni de la solution politique négociée et durable. La Syrie est ravagée, mais Bachar Al Assad est toujours au pouvoir.

La Tunisie a pris une forme pacifique, car il n’y avait rien à découper dans ce pays.  On retrouve les mêmes acteurs qu’en Syrie avec d’un côté tous les opportunistes de gauche ou de droite, de l’islam politique ou du droit-homisme mis dehors ou affaiblis, de l’autre côté les anciens du système réhabilité sous une autre devanture. L’Étranger contrôle et dirige la Tunisie. Les populations frontalières avec l’Algérie et de mentalité algérienne sont toujours exclues et se soulèvent sans mettre en danger le système ancien.  La Tunisie est devenue un modèle de démocratie pour l’Occident. Le peuple tunisien est un décor touristique, si on fait abstraction de quelques jeunes bourgeois qui ont monté leur start-up en exploitant les diplômés indigènes sans travail et en sous-facturant aux allogènes européens.

L’Égypte est sans doute le cas d’école le plus intéressant. La fin de la modernité, à la fin de la seconde guerre mondiale, mettait fin à l’Empire européen colonialiste, installait l’Empire atlantiste et ses deux vassaux le sionisme et le saoudisme. La crise de la post modernité depuis les années 80 annonçait la recomposition des États-nations, la fin des souverainetés nationales, le power soft subversif et communicationnel au lieu du hard power guerrier, la domination du marché, et le remodelage de la vassalité en changeant les équipes ici, jugées incompétentes ou inaptes à faire les concessions attendues, en punissant les équipes ailleurs, jugées coupables pour avoir osé défier l’Empire et le sionisme.

L’Empire n’est pas une association de charité ou de philanthropie, mais une stratégie de domination impitoyable et anticipatrice. Il ne met pas ses œufs dans le même panier, il met plusieurs fers au feu et s’adapte pour imposer son programme planifié depuis des décennies. Il attend l’occasion la plus opportune dans le temps, la plus pertinente en terme de géographie et la plus efficace en terme de moyens pour réaliser ses ambitions. Il tient à jour ses fichiers sur nos contradictions ainsi que ses cartes mentales des psychologies des populations et de leurs élites.

En Égypte il y avait 11 plaies

Un projet : rayer l’Égypte du conflit entre le sionisme et la Palestine et faire de son armée un auxiliaire de l’OTAN. Moubarak et ses élites ne faisaient plus partie de son système de vassalisation, car ce système se reproduit en se rajeunissant et en s’adaptant aux conditions sociologiques et géopolitiques alors que les Arabes deviennent séniles et stupides. Lorsqu’ils tentent de s’émanciper de leurs maitres, ils deviennent plus stupides, aveuglés par leur ignorance arrogante.

Un socle : le mécontentement populaire et les grèves des travailleurs des grands centres industriels et commerciaux.

Un instrument : l’ambition des Frères musulmans et leur indigence politique. Il suffisait de les encourager et de les pousser à s’approprier la « révolution ». Ils avaient des prédicateurs éloquents, sans plus. L’après révolution exige la présence et la disponibilité de cadres compétents et expérimentés. Il ne s’agit pas d’une affaire de diplômes ou de position sociale ou médiatique, mais d’une détermination à livrer la bataille idéologique sur tous les fronts au lieu d’émettre des Fatwas ou de la dénonciation et encore moins de se croire parfait et infaillible es qualité de « musulman »

Une mentalité narcissique et infantile manipulable : Misr Oum Dounia.

La contradiction aux Frères musulmans : la gauche pro occidentale et les salafistes pro saoudiens

Le « jeunisme » pygmalion qui se mettait à adorer les produits qu’il a sculpté de sa main jusqu’à en devenir fou amoureux puis esclave de leur idole. Il fallait juste cultiver le narcissisme et l’inexpérience en leur donnant le statut d’interlocuteur valide. Le mode d’emploi est simple : Trouver les réseaux sociaux, tous sous domination américaine, il suffit d’une part de faire de la publicité aux uns et cloitrer les autres, d’autre part de donner de la reconnaissance médiatique en citant les uns ou en les invitant à l’antenne. La nature humaine est faible, le vedettariat est son point le plus vulnérable.

Les appareils de la rente qui avaient fait main basse sur les médias et qui entretenait d’abord le système, puis l’illusion de la révolution et enfin la contre révolution.

L’Islamophobie. Les insouciants et les bonimenteurs font le jeu de la lutte idéologique en considérant l’islamophobie comme une homophobie d’ordre religieux ou un racisme ethnique. L’empire anglo-saxon atlantiste en a fait une machine de guerre médiatique, idéologique, psychologique et militaire pour disloquer ce qui fait grammaire de civilisation dans le monde arabo-musulman. Il n’a pas de problème particulier avec Mohamed, Mohand, Simon ou Maurice, ni avec leur religiosité ou leurs socio-codes, mais il a une stratégie cupide et vorace sur leurs territoires et leurs ressources. Il a l’habitude d’intégrer des populations diverses et des cultures différentes. Ce qui lui fait peur, c’est le désir des hommes de se libérer et de s’émanciper de ses instruments de domination économique, financier et militaire.

En un mot, l’islamophobie consiste à jouer sur les peurs, les fantasmes et les incohérences afin d’entretenir ce qui est en nous :  la méfiance et la défiance pour ne pas s’unir et surtout ne pas générer de la compassion nécessaire à la résistance. Il ne s’agit pas de complot, mais d’une réalité psychosociale que l’Empire maitrise et manœuvre à sa guise.

L’absence de débat réel et d’organisation politique légitime et crédible : il était facile de jouer sur les dispersions, les clivages idéologiques et les ambitions des opportunistes et des inexpérimentés. Les syndicats étaient devenus des appareils idéologiques et politiciens qui ne mobilisaient pas pour les intérêts des travailleurs ou de leurs pays, mais pour des raisons obscures ou idéologiques. Le plus grand pays du syndicalisme, la France, est dans la même impasse et la même inertie des corps intermédiaires gangrenés par la rente.

Une armée pseudo aristocrate. L’aristocratie est jalouse de ses prérogatives autant que de ses privilèges. Les pseudos aristocraties, les pseudos bourgeoisies, les pseudos intellectuels sont compradors, ils ne sont pas issus de l’effort, mais de la rente paresseuse et parasitaire. Comprador signifie enrichissement par les comptoirs commerciaux de l’Étranger. Les pseudos maréchaux ne sont pas issus de la guerre ou de la libération, mais du leurre.

Une normalisation diplomatique, culturelle, militaire et politique avec l’entité sioniste

Tous ces ingrédients ont ramené Sissi pire que Moubarak dans un pays de 100 millions d’habitants avec la plus grande densité de diplômés dans le monde. Ce pays est frontalier avec la Palestine occupée !

En Algérie, nous n’avons pas les mêmes ingrédients, peut-être. Mais nous sommes sur la tangente avec beaucoup de similitudes qui appellent à la vigilance.

Si nous nous trompions de cap, de boussole, de vigie, de gouvernail, le bateau Algérie avec ses passagers et ses bagages iront au fond de l’eau, au meilleur des cas ils rejoindront L’Égypte ou la Tunisie. La Syrie est derrière nous.

Pour ne pas sombrer de nouveau comme en 1962, 1992 et 2014 ou pire encore, il faut que la raison et le bon sens triomphent sur les corbeaux et les vautours. Le peuple a dit son mot, il appartient à ceux qui disposent des quatre critères de se manifester dans une compétition transparente et sereine pour faire émerger l’État de droit et ainsi promouvoir les Grands Commis de l’État :

  • La Compétence.
  • La Légitimité.
  • La légalité.
  • La Probité.

Il faut rester honnête et réaliste, il ne s’agit pas d’une entreprise familiale ou d’une association entre voisins de quartier, mais d’État. Il faut trouver les hommes.

Les hommes de l’Armée algérienne ont fait le bon choix pour l’instant, il appartient aux hommes du civil de faire le leur. Nous pardonnons, mais nous n’oublions pas l’opportunisme de ces images :

Campagne du 5ème mandat – Abdelaziz Bouteflika

Omar MAZRIALGERIE RUPTURE

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La Rédaction

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