Ben Badis et ce qui se trame contre le peuple algérien

Sous le titre Ben Badis et ce qui se trame contre le peuple algérien, je veux signifier la contre révolution et la subversion idéologique.

On ne peut jamais comprendre un phénomène si on le situe par rapport à des variables ou par rapport à un axe mobile, il nous faut toujours une référence stable sinon il faut tenter de trouver ce qui est permanent et en faire un axe de référence.

Nous allons, à cet effet, rappeler les lignes (ensemble de traits constituant une figure) des partisans du vide constitutionnel et de ses absurdités tels que le conseil de transition et le gouvernent d’unité nationale sous prétexte de la « souveraineté du peuple ». Si la figure est stable, ces traits sont mouvants, mais nous parvenons à les cerner par leur permanence dans le temps et les slogans.

A – Nous rappelons les cinq traits (caractéristiques et objectifs) de nos experts en syllogisme fallacieux pour comprendre ce qui se trame :

  • S’emparer de la colère pacifique des populations pour maintenir le système en place, car leur argent, leurs médias et leurs réseaux exigent le maintien des rentes et la caporalisation du peuple. Ils ont essayé de changer de peuple en vain, alors ils tentent de lui faire dire ce qu’ils veulent sinon ils interprètent ses revendications selon ce qui les arrange. Ce qui les arrange est l’ensemble des sous-entendus du « système dégage » et non la fin du système dont ils sont partie prenante :

o Bensalah a mis fin aux fonctions des principaux conseillers de la Présidence, pourtant nos détracteurs considèrent ces décisions comme non évènement politique alors que c’est un des axes majeurs du pouvoir algérien qui vient de tomber après Bouteflika. Les frères de l’ancien président ne tombent pas pour l’instant, car ce sont sans doute de futurs fusibles ou plus exactement ils ne représentent pas dans la réalité un organe du pouvoir, mais juste du vent communicationnel pour détourner l’attention. L’ANP doit avoir son idée sur le rôle et le pouvoir réel de la famille de l’ancien Président. On le saura dans quelques semaines.

o Les Algériens ne sont pas informés des impératifs de la décision de l’ANP d’aller jusqu’au bout du processus avec le seul outil légal en leur disposition. Il faut qu’ils sachent qu’en vertu de la Constitution que l’armée veut respecter, le Président par intérim Bensalah ne peut nommer un nouveau gouvernement. L’équipe Bouteflika a fermé le jeu et tout coup de force contre la légalité peut avoir des répercussions graves. Les membres de l’actuel gouvernement, illégitime sur le plan moral, mais légal sur le plan juridique, devraient avoir le sens patriotique de démissionner individuellement pour laisser la possibilité à l’émergence d’un gouvernement jeune dont la vocation serait de parachever le processus électoral avec les garanties nécessaires et suffisantes à la transparence et au respect du verdict populaire. Le peuple devrait se focaliser sur une revendication précise et d’une seule voix demander la « démission du gouvernement ». L’ANP fera alors la pression sur le gouvernement pour le faire partir et Bensalah sera contraint de dialoguer avec les véritables forces nationales pour la nomination d’un gouvernement restreint.

o L’ANP devrait trouver une autre forme et d’autres canaux de communication, car sa voix est étouffée par la diversion et la subversion. Les apparitions furtives de Gaïd Salah et les articles de la revue Al Djeich du Commissariat politique manquent d’efficacité et de pertinence. Les militaires souffrent d’un déficit de communication. Il y a une guerre larvée et il leur faut passer à de la communication professionnelle, celle qui mobilise, si on veut sauver le pays de la catastrophe. Dans l’état actuel des choses l’armée ne sait pas (ou ne veut pas) communiquer avec efficacité alors que les rentiers et les idéologues font de la diversion et de la subversion : Cela ne peut aboutir qu’à la confusion et à la contre révolution.

o Les sous-entendu de nos éradicateurs n’est pas la tête de Gaïd Salah, mais la tête de l’ensemble du commandement militaire issu de l’école algérienne et des écoles militaires nationales. Ils poussent les islamistes, remis dans le rôle d’idiot utile, à faire pression sur l’ANP et à modifier sa feuille de route.

  • Ne pas répondre à la justice d’un Etat de droit présidé par un Président de la République élu et légitime : Ils ont des comptes à rendre sur leur soutien à la corruption et sur l’incitation à la guerre civile. Il sera difficile de leur demander des comptes sur la désinformation, mais il faut le dire et le peuple ne manquera pas de le dire lorsque les choses seront moins confuses.
  • Saper l’engrenage judiciaire impulsé par l’ANP, sous pression populaire, contre la corruption.

o Auparavant les juges ne pouvaient fonctionner que sur coup de téléphone du « pouvoir », maintenant les choses semblent prendre un autre tournant qui prend tout le monde au dépourvu et ne rassure pas ceux qui ont du foin dans le ventre.

o La corruption ne concerne pas les agents économiques algériens du formel et de l’informel, elle concerne surtout les étrangers corrupteurs et monopolisateurs. Les médias étrangers montent d’ailleurs au créneau pour faire douter de l’ANP ainsi que de l’avenir des contrats pétroliers et gaziers comme si 2 ou 3 mois sont décisifs pour des contrats qui demandent des mois voire des années avant de se concrétiser vu leur complexité et leur montant ! En réalité, ils exercent une tentative d’intimidation, de menaces et de chantage.

  • S’emparer des leviers de commande sécuritaires et militaires pour maintenir l’Algérie dans le même cadre géostratégique inféodé à la Méditerranée latino judéo-chrétienne. Pour réaliser cet objectif, ils ont besoin de replacer à la tête du commandement militaire des éradicateurs laïcistes. Bouteflika, par ironie du sort, pour instaurer son hégémonie et ses marabouts, a détruit l’ancien système et en particulier ses piliers berbéristes et « progressistes » dans l’armée algérienne. Ces derniers avaient fait un travail de noyautage dès le début des années 1970 sachant qu’avec le profil de Boumediene, ils n’auraient jamais l’accès au pouvoir, mais qu’ils pouvaient l’instrumentaliser à leur avantage, en surfant sur les clivages et les partages de pouvoir que Boumediene savait gérer. L’expérience a montré que leur stratégie fonctionnait :

o Ils ont mis fin au processus électoral,

o Ils ont mis fin à l’arabisation,

o Ils ont mis fin à la charte culturelle de 1977,

o Ils ont démantelé l’économie nationale et l’Etat national.

o Ils ont confiné les Arabisés et les Arabisants dans des rôles secondaires : enseignement primaire, justice, homme de troupe et sous-officiers dans l’armée et la police. Les Arabophones, reconnaissant de trouver un emploi ou de bénéficier d’une reconnaissance sociale, ont marché dans le deal et sont devenus des instruments zélés de la corruption et de l’incompétence. L’Algérie était partagée entre les incompétents par connaissance et les incompétents par méconnaissance. Les uns agissent comme une classe avec la conscience de classe, les autres comme des individus en survie. Le changement risque de les emporter tous comme les naufragés de la Méduse. C’est contre ce changement que les arabophones islamisant et les francophones laïcisant se trouvent unis pour défendre leurs intérêts économiques ainsi que leur survie idéologique et politique.

o Ils sont devenus les maitres dominants des appareils économiques, culturels et médiatiques.

o Ils se sont transformés en machine de destruction du peuple algérien en sabotant l’école, la mosquée, l’économie, la culture et l’information. Partout ils ont instauré la schizophrénie linguistique, sociale, politique et culturelle. Un pays avec deux collèges, deux mentalités, deux objectifs, deux ou trois langues, deux idéologies incompatibles. Ils se réclament de Mouloud Mammeri, mais ils n’ont ni sa perspicacité ni sa cohérence ni sa vérité : « Hannibal a conçu sa stratégie en punique ; c’est en latin qu’Augustin a dit la cité de Dieu, en arabe qu’Ibn Khaldoun a exposé les lois des révolutions des hommes. Personnellement, il me plaît de constater dès les débuts de l’histoire cette ample faculté d’accueil. Car il se peut que les ghettos sécurisent, mais ils stérilisent, c’est sûr ».

o Refuser le dénominateur commun de l’Algérianité (berbérité, islamité et arabité) et aller au clivage idéologique le plus brutal, le plus sectaire et le plus exclusif quitte à déchirer puis brûler l’Algérie. Les uns agissent contre les symboles de résistance contre le colonialisme qui sont le FLN et l’ALN et donne amplitude ou consistance à la revanche historique de la France coloniale. Les autres agissent par entêtement pathologique qui ne résiste à aucune logique historique, sociale ou politique. Les deux se rejoignent dans un pathos morbide et un logos absurde et nihiliste.

o Le dénominateur commun serait que chacun adopte ou se comporte en mettant l’accent sur un caractère de l’Algérianité sans exclure les autres et sans nier les autres dans l’espace que nous appellerons République (par le vivre ensemble, le contrat social, la liberté, la paix et le Droit) et dans un fonctionnement que nous appellerons Démocratie (par le débat ; les élections de toutes les instances et à tous les niveaux ; l’exercice des responsabilités politiques, économiques, culturelles et informationnelles à tous ; la solidarité sociale par la fiscalité et par l’entraide humaine). Ils ont préféré l’exclusive.
Ils ont préféré reconduire et reproduire leur système de noyautage, cette fois il s’agit de noyaute le peuple qu’ils n’ont pas pu changer après 30 ans de tentative d’éradication. Il est flagrant que, faute de réussir leur projet, ils vont :

  • Se focaliser sur Gaïd Salah pour ne pas affronter l’ANP ouvertement,
  • Faire émerger de pseudo représentations populaires et de faux syndicats
  • S’aligner sur l’Etranger
  • Dénigrer la Justice qui ose s’attaquer au sujet tabou en l’occurrence la corruption et lui donner l’aspect de règlements de comptes entre clan. Ils sont habitués au raisonnement dialectique, ils savent pertinemment que la période révolutionnaire ou pré révolutionnaire demande la tête des corrompus, des profiteurs du système et ses représentants. Ils jouent à la pucelle effarouchée alors qu’ils sont l’excellence la plus perfide dans le jeu de séduction et de harcèlement.

B – Ces évidences rappelées nous allons montrer quelques aspects de la lutte idéologique qu’ils ont l’habitude de mener contre le peuple algérien :

Entre 1989 et 1995, alors que l’Algérie était instable socialement et politiquement, ils se sont permis d’attaquer la Révolution algérienne, la personnalité algérienne, la renommée du Président Boumediene. Le pire, ils ont donné la parole à des tortionnaires partisans de l’Algérie française. Ce n’était pas une faute ou une erreur politique, mais une feuille de route pour leur propre camp ainsi qu’une offre de validation de leurs services par la France pour franciser l’Algérie et la dé-islamiser. Comme si les valets allaient réussir là où les maitres ont échoué.

En ce début de 2019, ils réitèrent le même procédé, en se focalisant sur Cheikh Abdelhamid Benbadis en pratiquant l’amalgame et le caviardage des textes. Nous connaissons les limites historiques, politiques et intellectuelles des Oulémas algériens ainsi que leurs référents religieux dépassés par la Modernité. Malek Bennabi a osé en parler avec art et vérité.

On ne peut étudier un mouvement et une pensée en la situant hors du contexte de l’Afrique du Nord, du monde arabe et de la colonisation, ainsi que des savoirs humains et des outils de la connaissance du lieu et du moment. On ne peut s’attaquer à un homme ou à un mouvement sans examiner ses moyens et ses méthodes de lutte. Contre le maraboutisme allié au colonialisme, Ben Badis a éclairé les mentalités et a proposé un projet de réforme. Contre le colonialisme français, colonialisme de peuplement, éradicateur de la personnalité algérienne, n’importe quel ingénieur social, réformateur religieux et politicien libérateur aurait sapé les fondements de la dépersonnalisation en redonnant les possibilités de recouvrir sa langue, sa religion et l’idée de son territoire national. Est-ce que Benbadis a failli sur ce terrain ? Est-ce qu’il y avait une chose qu’il a faite et ne devait pas faire ? Oui, Malek Bennabi le dit : Il n’ a pas su faire de la politique en imitant le mouvement national qui pratiquait le folklore politicien ? Le père, le grand père et les voisins de Ben Badis ne nous intéresse pas lorsqu’il s’agit de libération nationale.

La pédagogue des éradicateurs nous dit que l’école Badissiene est l’école de Pavlov, on lui rappelle notre invitation à donner l’alternative et avoir la probité intellectuelle de nous dire qui a rendu l’école algérienne sinistrée alors que dans les années 70 tous les diplômes algériens étaient reconnus internationalement ?

On ne peut qualifier les Oulémas algériens de traître à la patrie ou de collaborateurs du colonialisme à moins d’avoir un agenda idéologique pervers. Il faut demander aux militants du Parti communiste algérien, aux internés et aux Moudjahidine du PCA qui ont rejoint le FLN et l’ALN leurs opinions sur les Oulémas algériens dans la formation de la conscience nationale et de la lutte anticoloniale. Il faut demander à Hadjerès l’ancien secrétaire général du PAGS (parti d’avant-garde socialiste d’obédience marxiste communiste) de livrer ses souvenirs de militant sincère de la cause nationale.

On attaque Cheikh Benbadis, car il a placé la lutte contre le colonialisme sur le pivot le plus important : La langue d’un peuple et la religion d’un peuple. Ce sont l’ossature de la culture, de l’identité, même si quelques énergumènes refusent ce qui fait leur appartenance à un peuple et lui préfère les mythes antiques. Nous n’avions que le choix d’affirmer notre identité ou s’effacer devant la langue française et le christianisme qui sont le véritable programme de l’Assimilation des indigènes.

Aujourd’hui nous sommes « indépendants », notre choix devrait être plus libre sans être illogique. J’ai déjà publié mon opinion sur la force d’une langue ainsi que sur la disparition d’un peuple ou d’une civilisation sans langue dominante. J’ai déjà publié mon opinion sur la promotion d’une langue qui n’a pas les configurations linguistiques (langage et signes) pour véhiculer de la pensée abstraite et qui n’a pas de trace archéologiques s’imposant sur les romains, les arabes et les français. Dire que je suis berbère ne change rien à la condition objective de mon parler qui reste un dialecte inapte à devenir outils de savoirs ou support de signes en matière philosophique, mathématique, physique. Je peux faire de belles chansons, écrire de beaux contes, me réclamer de Massinissa et de Jugurtha, mais je ne parlerais qu’un dialecte parmi d’autres dialectes. Le débat est scientifique : il ne peut être traité ni sur le plan affectif ni dans une conjoncture de troubles ni être instrumentalisé pour faire de la surenchère idéologique et politique. Puisque la France est notre référence, demandons aux Français de se prononcer sur l’historicité et la rationalité de leur langue nationale qui s’est imposée sur des dizaines de dialectes.

C – Notre génération est née avant la guerre de libération et s’est formée à l’école des SMA (Scouts musulmans algériens) en 1962. Je garde en mémoire et avec beaucoup d’émotion ce chant identitaire et patriotique :

شَعْـبُ الجـزائرِ مُـسْـلِـمٌ *** وَإلىَ الـعُـروبةِ يَـنتَـسِـبْ

Le peuple algérien est musulman *** et à l’arabité il appartient

مَنْ قَــالَ حَـادَ عَنْ أصْلِـهِ *** أَوْ قَــالَ مَـاتَ فَقَدْ كَـذبْ

Celui qui a refuté ses racines *** ou a prétendu qu’il était mort a sans doute menti

أَوْ رَامَ إدمَــاجًــا لَــهُ *** رَامَ الـمُحَـال من الطَّـلَـبْ

Celui qui a voulu en faire un assimilé *** c’est comme s’il demandait l’impossible

يَانَشءُ أَنْـتَ رَجَــاؤُنَــا *** وَبِـكَ الصَّبـاحُ قَـدِ اقْـتَربْ

Tu es la résurgence de notre espérance *** Et l’aube qui se réveille

خُـذْ لِلحَـيـاةِ سِلاَحَـهـا *** وَخُـضِ الخْـطُـوبَ وَلاَ تَهبْ

Prends de l’existence tes armes *** Et engage tes pas sans hésitation

وَاْرفعْ مَـنـارَ الْـعَـدْلِ وَالإ *** حْـسـانِ وَاصْـدُمْ مَـن غَصَبْ

Saisis-toi de la lumière de la justice *** et de la bienfaisance puis livre bataille contre l’oppresseur

وَاقلَعْ جُـذورَ الخَـــائـنينَ *** فَـمـنْـهُـم كُلُّ الْـعَـطَـبْ

Libères-toi des racines des perfides *** source de tous les handicaps

وَأَذِقْ نفُوسَ الظَّــالـمِـينَ *** سُـمًّـا يُـمْـزَج بالـرَّهَـبْ

Fais goûter aux âmes des oppresseurs *** la potion dont ils redoutent le poison mortel

وَاهْـزُزْ نـفـوسَ الجَـامِدينَ *** فَرُبَّـمَـا حَـيّ الْـخَـشَـبْ

Secoues le corps des êtres inertes *** Il sera peut-être le bois du brasier

مَنْ كَــان يَبْغـي وَدَّنَــا *** فَعَلَى الْكَــرَامَــةِ وَالـرّحبْ

Qui cherche la foi *** Trouvera dignité et bienvenue

أوْ كَـــانَ يَبْغـي ذُلَّـنـَا *** فَلَهُ الـمـَهَـانَـةُ والـحَـرَبْ

Qui cherche la transgression et notre faiblesse *** Trouvera l’humiliation et la guerre

هَـذَا نِـظـامُ حَـيَـاتِـنَـا *** بالـنُّـورِ خُــطَّ وَبِاللَّـهَـبْ

C’est le système de notre vie *** La lumière de son horizon et sa flamme

حتَّى يَعودَ لـقَــومــنَـا *** من مَجِــدِهم مَــا قَدْ ذَهَبْ

Jusqu’à ce revienne à notre peuple *** Sa gloire qu’il a perdue

هَــذا لكُمْ عَـهْــدِي بِـهِ *** حَتَّى أوَسَّــدَ في الـتُّـرَبْ

Ceci est mon serment auprès de vous *** Jusqu’à ce que je trépasse et soit enterré

فَــإذَا هَلَكْتُ فَصَيْـحـتـي *** تَحيـَا الجَـزائـرُ وَ الْـعـرَبْ

Lorsque je serais anéanti, mon appel sera : *** Vive l’Algérie et les Arabes.

Le lecteur comprendra que le mot arabe ne veut pas dire non kabyle ou non berbère, mais algérien se réclamant de son islamité et de son arabité, c’est-à-dire l’indigène non alignée sur les assimilés de la France coloniale qui avaient renié leur identité. Cheikh Benbadis n’a pas créé de mosquée, mais un institut de formation presque gratuit pour les Algériens soucieux de recouvrir leur identité ainsi que pour les indigents sans bourses de scolarité. Le Fiqh musulman était figé et « rétrograde », mais il était l’instrument pour refuser la colonisation française : Le peuple administrait tout ce qui pouvait échapper aux juridictions françaises du moins symboliquement : le droit musulman, le cadi, l’imam.

Cheikh Benbadis n’a pas trompé ses « interlocuteurs » en créant une mosquée pour enseigner l’Arabe et faire de l’action politique et sociale, il a revendiqué que la laïcité, signifiant la séparation entre l’Etat et l’Eglise soit appliquée aux Algériens et à leurs Mosquées. La Mosquée appartient aux Algériens musulmans et non aux fonctionnaires français ou auxiliaires des Français. Il avait créé un institut de formation presque gratuit pour les Algériens soucieux de recouvrir leur identité ainsi que pour les indigents sans bourses de scolarité.

Les bureaucrates francophiles ont laissé son institut historique se dégrader et devenir bar clandestin, dépotoir public, urinoir public. Ils ont poussé l’outrecuidance à produire une symbolique morbide et sinistre : Faire coïncider la date de l’anniversaire de sa mort avec la commémoration du Jour de la Science. Cet institut a été restauré par les démarches que ma jeune sœur a entreprises suite à sa thèse en architecture. Son Mari, Feu Azouz Badjadja, architecte restaurateur formé à l’école de Florence, a réalisé l’étude de conception ainsi que la supervision de chantier pour le compte de la Culture avec un petit budget. Depuis plus de cinq ans, ma sœur, ne parvient pas à trouver un éditeur algérien pour publier les archives de chantier, les problèmes de gestion du projet…. On trouve par contre des tribunes médiatiques qui colportent le mensonge et la haine.

Les fonctionnaires arabophones qui ont hérité de l’Institut badissien ont en fait une école coranique. Je suis partisan farouche du Coran, mais chaque chose doit avoir sa vocation : L’institut avait une vocation pédagogique, il devrait retourner à sa vocation ou devenir un musée. Les Algériens éradicateurs et les arabophones ignorants ont collaboré par bêtise pour détruire le patrimoine national et ont rempli la tête de nos enfants de formalismes.

Pour être plus objectif, les francophiles laïcistes et berbéristes algériens n’avaient pas seulement pour point de mire les Oulémas algériens « islamistes » et « arabisants », mais les grandes figures de la Révolution algérienne. A titre d’exemple : Les attaques contre Saïd Mohammedi (Si Nacer), colonel de l’ALN (Wilaya III puis chef d’Etat-Major du GPRA gouvernement provisoire de l’Etat algérien, membre du Bureau politique au congrès de Tripoli, puis Ministre des Moujahiddines en 1962 ). Bien qu’il soit originaire de Larbaâ Nath Irathen et parlant l’arabe avec un fort accent kabyle, les médias laïcs et les généraux éradicateurs lui ont reproché d’avoir servi l’armée allemande contre l’armée française durant la seconde guerre mondiale. On reproche surtout d’afficher son islamité. La même chose est reprochée au Palestinien Amin El Hossein, Grand Mufti de Jérusalem, qui avait servi l’armée allemande contre les Britanniques. Qui a ciblé ses figures, le monopole de la victimisation juive qui ne voit et ne reconnait que sa seule et unique souffrance, les Alliés de l’entité sioniste, les serviteurs arabes et musulmans de l’Empire occidental, la conscience populaire qui se positionne contre le fascisme, les sergents de l’armée coloniale promus aux plus hauts grades des indigènes devenus indépendants, les médias islamophobes ?

On peut citer à l’infini les mensonges et les atteintes à la dignité humaine comme de ceux qui se sont ligués contre feu Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du FLN, parce qu’il avait refusé de liquider le FLN et accepter l’interruption du processus électoral de 1991.

Même Hadj Ahmed Bey gouverneur du Constantinois, et résistant jusqu’à la dernière minute de l’ultime citadelle, Constantine, n’a pas été épargné sous prétexte qu’il était Turc ?

Ici ce n’est pas l’islamisme qui est en jeu, mais les injonctions des capitales étrangères contre les figures historiques de l’indépendance algérienne et contre l’Islam qui joue son rôle authentique de libérateur civilisateur.

Cette indépendance est dans nos gènes de descendants de militantes, d’internés et de martyrs de la guerre de libération. Plusieurs souvenirs glorieux devant la déferlante de haine et de médiocrité dont un hymne qui a fait vibrer nos cœurs d’adolescent, nous a marqué d’un trait indélébile, et a édifié notre ligne :

 

C – Revenons à la raison et au patrimoine commun légué par ceux qui se sont consacrés à l’Algérie : « Beni Arab et Beni Mazigh sont frères ». La seule différence est la vertu. Les islamistes algériens de l’ancien FIS ou du néo FIS semblent être emportés par l’esprit de revanche et poussés à agir de nouveau comme détonateur pour ne pas changer de système de domination idéologique. Les anciens et les nouveaux de l’ex HAMAS sont plongés dans la rente et la soif de pouvoir au point de s’allier avec le diable.

Encore une fois, il ne s’agit ni de se réclamer de Ben Badis ni de « l’islam est la solution », mais de comprendre les enjeux et les impasses qui peuvent conduire à la violence et au déchirement de l’Algérie. Il nous faut aller vers le devenir et penser à construire une civilisation que dicte notre position géographique. Il faut juste lui donner l’orientation, l’élan et la politique.

Omar MAZRIALGERIE RUPTURE

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2 Commentaires

  • wah! tu as raison

  • salam une analyse explosive et véridique qui ne sera pas au goût des berberiste, ni celui des partisans ou d’ailleurs opposants de benbadis pour ne citer que ceux là.

    sans faire de la psychologie sociale à deux sous, je peux dire que l’algérien est cloisonné dans ses convictions qu’elles soient, fondées ou non. je me pose la question est-il prêt au changement, un changement dans lequel il serait impliqué au premier degré, à part entière? est-il prêt à écouter et être disposé à absorber, assimiler pour éventuellement revoir ses opinions? hautement guidé par des idées reçues, mû essentiellement par l’affectif, imbu de sa personne, je me demande bien comment serait perçue ton analyse si édifiante!

    Quand à l’université, un chercheur reprend l’histoire, notre histoire écrite et tracée par les français comme une vérité absolue, je doute de son sens de l’analyse.
    les algériens n’aiment pas lire, le système éducatif n’a pas cultivé ou n’a pas voulu sciemment cultiver l’intérêt et le plaisir de la lecture( et tu le dis si bien en parlant de la valeur de nos diplômes dans d’autres articles).
    Quand j’ai partagé ton article acte 1 concernant le coup d’état blanc sur ma page, j’ai eu très peu de réactions.
    Génération slogans et rimes dans une langue hybride mêlant dialecte et français arabisé. je ne sais même pas si on peut parler de langue (c’est une question que personne ne veut évoquer).

    je côtoie bcp de berbéristes dans mes conférences. ils sont unis pour tenir le même discours: premiers occupants du territoire avant les arabes, un alphabet qui accorde de la légitimité à la langue maintenant enseignée dans certaines universités, descendants de grands guerriers et j’en passe. toute réflexion qui ne va pas dans ce sens est blâmée on est loin de l’acceptation.

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