Acte 9 : l’affrontement entre les acteurs

Après l’intervention des commandements militaires, avant et pendant l’élan populaire, nous assistons à une dynamique nouvelle et inédite pour mettre fin :

  • Au système anti national qui a décimé l’Algérie, peuple et élites
  • Au pourrissement idéologique
  • A la corruption et à l’incompétence généralisées

Cette dynamique est en train de se faire accompagner par un déballage communicationnel, du moins sur les média arabophones, où des anciens officiers (supérieurs et généraux) racontent la Hogra qu’ils ont subie par les « Déserteurs de l’armée française » qui avaint usurpé les titres de « Moudjahidines » fin 1961 et début 1962. Tous les anciens de l’armée savent comment ces usurpateurs avaient formé une caste d’imposteurs pour « salir » l’ALN et impliquer l’ANP dans une guerre contre le peuple algérien, ses fondamentaux et ses ressources. Demain ils devront rendre compte.

Nous sommes, s’il n’y a pas de contre révolution, devant la vision de l’impossible : Ceux qui ont fait couler le sang des Algériens, ceux-là même qui ont créé des mythes sur des hommes miteux pour intimider le peuple et désinformer l’opinion mondiale, vont être impliqués. Ceux qui ont subi le verdict divin de la mort sont devant le tribunal de Dieu, les autres ne vont pas échapper au verdict humain de la justice et des urnes.  Ici et là-bas nous allons savoir qui sont les véritables maitres de l’Algérie et nous saurons comment la revanche contre l’ALN, le FLN et l’ANP a été menée par des traitres avec la complicité des gueux insouciants et des misérables appétits.

L’ANP a fait un grand travail de déblaiement en répondant à la demande du peuple, le peuple doit conserver sa vigilance et refuser de tomber dans le jeu des pseudo « patriotes » qui veulent faire de ce peuple une chair à canon ou un bouclier pour ne pas répondre de leurs fautes ou ne pas se plier à sa volonté lors de la prochaine échéance électorale.  Ce peuple doit refuser l’hystérie festive en s’éveillant et en regardant l’arène ou se déploient les acteurs nationaux et étrangers puis s’engager résolument vers la sortie de crise. L’ANP vient de faire rompre les lignes « ennemies », le peuple doit occuper le terrain politique ou du moins se mettre en disponibilité pour exercer sa souveraineté sur les plans suivants :

  • Le plan culturel et idéologique : l’Algérianité
  • Le plan judiciaire : exiger l’application du principe de transparence, de légalité, de légitimité et d’utilité sociale sur l’appropriation des biens et richesses et leur usage.
  • Sur le plan institutionnel : se préparer à changer de Constitution en commençant à débattre sur les grands enjeux, sur la République, la Démocratie …
  • Le plan politique : élire ses représentants et se faire élire. Contrôler les appareils et les dépenses. Superviser la politique étrangère et les grands contrats gaziers et pétroliers.
  • Le plan économique : imposer des choix qui donnent forme et consistance à l’Algérie sociale sans exclusion, sans privilèges. Imposer une fiscalité garantissant la justice sociale, l’entraide nationale et l’investissement social (éducation, santé publique, formation professionnelle). Imposer la protection des terres arables et donner un caractère national inaliénable au foncier agraire et à la façade maritime.  Relancer l’économie nationale et inciter l’épargne nationale à devenir productive. Redonner valeur réelle à la monnaie nationale et la protéger
  • Le plan culturel informationnel : exiger le droit d’être informé et d’accéder à l’information sans monopole et sans emprise de l’argent.

L’évasion de la réalité et la fabrication de fausses informations ou le contentement du simplisme ne vont que produire ce qu’on appelle l’infection des mentalités par des représentations exagérées ou utopiques. Il faut continuer à exercer la pression, mais avec une revendication de plus en plus politique, sociale et claire. Si nous ne le faisons pas maintenant nous allons être rattrapés par deux réalités qui risquent de nous saper :

  • Les élections avec leurs passions, leurs démagogies et leurs clientélismes
  • La crise économique et sociale du fait des problèmes accumulés, de la faiblesse de la productivité du travail et de l’inertie (la force qui s’oppose au mouvement lorsqu’on est immobile ou celle qui s’oppose au repos lorsqu’on est en mouvement) qui deviendrait hors de contrôle en situation de confusion ou de redondance sans but, sans méthode et sans solution.

A ce titre je tiens à souligner la vanité et la nullité des récriminations virulentes des professionnels de l’oppositionnel qui ne savent que dénoncer l’Armée sans jamais proposer une solution ou ouvrir une porte de dialogue et encore moins pratiquer l’analyse critique de soi. Les anciens du FIS et les nouveaux de RACHED devraient sauter sur l’occasion et demander la « tête » de Nezzar et ses comparses d’ailleurs mise en situation de cible. Jamais la sagesse populaire, lorsqu’elle retrouvera ses repères, ne pourrait trouver justification à une opposition qui saisit les tribunaux internationaux avec tous les dérapages qui s’en suivent et ne demandent pas, aujourd’hui, à la Justice ou à l’armée algériennes d’accepter leurs plaintes et de répondre aux victimes. Ce qui se trame dans l’ombre devrait transcender nos positions partisanes.

Le militaire algérien issu des écoles de Cherchell, Batna, Biskra, Guelma, Sidi Bel Abbés ne peut être tenu pour responsable, à titre individuel ou à titre institutionnel, des fautes des anciens généraux et colonels, faudrait-il que ses fautes soient reconnues et punies par un tribunal national et une justice indépendante et souveraine. Cette exigence légitime et nécessaire pour qu’il y ait réconciliation sur la base de la vérité exige :

  • Un Etat de droit
  • L’accusation et le droit à la défense de tous les justiciables militaires et civils. Au niveau des militaires, il s’agit de connaitre ceux qui ont donné les ordres et leurs arguments authentiques ou fallacieux. Au niveau des civils, il ne faut pas perdre de vue l’exigence de vérité pour reconnaitre et indemniser les victimes, mais juger les milices islamistes et laïcistes qui ont été les artisans de la guerre civile. La règle de Omar Ibn Abdelaziz était de ne pas juger en faveur d’un plaignant à qui on a crevé un œil tant qu’on a pas vérité que le coupable n’a pas eu les deux yeux crevés par la prétendue victime. Il y a une exigence de probité morale et intellectuelle. Il y a une exigence historique pour que ce qui s’est passé soit rendu compréhensible dans ses logiques et surtout pour qu’il ne se reproduise plus.

Le Prophète Youssef – privé de patrie, séparé de sa famille, accusé de harcèlement sexuel, mis en prison – n’a jamais manqué d’être mur et sage ni d’être bienveillant et utile. Le Prophète Mohamed n’a jamais manqué de compassion et de lucidité. Le Coran nous enseigne la règle à ne pas transgresser :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَىٰ أَنفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ ۚ إِن يَكُنْ غَنِيًّا أَوْ فَقِيرًا فَاللَّهُ أَوْلَىٰ بِهِمَا ۖ فَلَا تَتَّبِعُوا الْهَوَىٰ أَن تَعْدِلُوا ۚ وَإِن تَلْوُوا أَوْ تُعْرِضُوا فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا

{O vous qui êtes devenus croyant ! Quand vous témoignez devant Dieu, tenez-vous en fermement à  la justice avec équité, même si le témoignage risque de se retourner contre vous, ou contre vos pères et mères et contre vos proches ; et peu importe que l’affaire concerne un riche ou un pauvre, car Dieu sera pour l’un comme pour l’autre le  meilleur Défenseur. Ne vous laissez pas entraîner par la passion, au risque d’être injustes ; mais si vous atermoyez, ou si vous vous abstenez de témoigner, sachez que Dieu est bien informé de ce que vous faites.}  An Nissa 135

Dans la situation actuelle, attiser le feu, chercher à prendre sa revanche, accuser un tel de juif ou évoquer un vieux contentieux, c’est manquer non seulement de perspicacité sur le présent et de vision sur l’avenir, mais manquer de sens de justice et par conséquent manquer d’esprit de justesse. Malek Bennabi disait que la politique est une science. Pour l’instant nous ne voyons que des gesticulations, des précipitations et des contre sens contraires à la quête de la solution qui préserve le pays de l’effusion de sang.

Des hommes de la trempe et de la qualité de Mouloud Hamrouche et de Mohiédine Amimour, pour ne citer que ces deux-là, ont vécu très proche de feu Boumediene et leurs signaux sont alarmant sur la situation de l’Algérie.

اتقوا الله

Prenez- garde à Dieu en ce mois béni.

La piété des cœurs ne suffit pas lorsqu’il s’agit d’une nation occupant une position géostratégique convoitable et mise en situation de faiblesse. Il faut l’accompagner par un arbitrage impartial, des règles strictes et connues par tous ainsi que par des repères ou des références stables. Le flou et le mouvant ne peuvent produire la légitimité, la compétence et la légalité dont un pays a besoin pour surmonter ses crises.

Omar MAZRIALGERIE RUPTURE

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La Rédaction

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1 Commentaire

  • “Demander des têtes “c’est s’écarter de l’objectif premier de cette révolution bénie:l’instauration d’une république démocratique et sociale dans le cadre des principes islamiques ,même si un nettoyage n’est pas à dédaigner

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