Algérie : faux dilemme et impasse fallacieuse

Par Mahieddine Amimour

Écrivain – Ancien Conseiller du Président Houari Boumediene

الجزائر: المأزق الوهمي

دكتور محيي الدين عميمور

Ce treizième vendredi du mouvement populaire invite à la réflexion. Il précise de plus en plus la vérité de ce que les rumeurs faisaient état de tentatives de provocation et de manipulation par ceux qui n’ont pas réussi à imposer leur logique partisane au cours des manifestations populaires.

Nombre de ceux qui ont contribué à la dynamique massive du “tsunami” populaire sur l’ensemble du territoire national ont commencé à découvrir qu’il existait des tendances idéologiques et sectaires, des antécédents partisans et des ambitions politiques qui intensifiaient leurs tentatives de s’emparer de la parole et la confisquer au détriment et au nom d’une jeunesse merveilleuse, qui avait manifesté une spontanéité sans précédent pour rejeter le règne d’un clan.

De plus en plus apparaissent à l’horizon des provocations à la recherche d’un témoignage fabriqué justifiant l’intervention des organisations internationales expertes en gifles et en gémissements, allant jusqu’à inventer des phénomènes plus graves faisant étalage de l’effusion du sang de citoyens, civils et militaires.

Un nouveau sentiment a commencé à dominer la plupart des places nationales : la démission du président Abdelaziz Bouteflika, la fin du cinquième mandat, et le rôle des forces armées dans la protection du soulèvement des jeunes contre toute forme de violence, indépendamment du fait que la démission ait été commise ou non de manière hâtive, laissant derrière elle des bombes à retardement mises sur la scène politique. Il s’opère un effort de démantèlement, avec une persévérance obstinée et une diligence impressionnante, pour extraire les mines plantées depuis des années.

Ce sentiment s’est traduit par la diminution du nombre de manifestants dans de nombreux États du pays, ce qui a entraîné la multiplication des tentatives effrénées de rassembler le plus grand nombre possible de personnes dans le centre de la capitale et dans les artères qui y conduisaient,  dans la tentative d’essayer de transférer un nombre important de régions limitrophes expédiées pour faire passer le mot d’ordre contre les élections présidentielles pour les mêmes raisons idéologiques et partisanes que celles mentionnées précédemment. Sous le prétexte que la capitale est pour tous, l’objectif est de gonfler les images transmises par la télévision à partir des regroupements concentrés de certains slogans pour faire suggérer que l’expression des grandes bannières et des slogans traduisent la volonté de 40 millions d’Algériens. Ils jouent sur les montages des images et l’organisation tactique pour donner présence et influence à ce qui n’est que minorité allant jusqu’à mettre au premier plan les experts de la désinformation ainsi que certains curieux en quête de spectacle devant les caméras de télévision.

Les gens m’ont dit comment se faisaient les exclusions de certains manifestants ou leur détournement des sites sélectionnés pour conserver le monopole médiatique et filtrer les étudiants, ne laissant apparaitre au-devant que ceux choisis de manière sélective issus des institutions formant en français. Le centre de la capitale a été choisi comme objectif médiatique stratégique par les adeptes partisans opposés au courant populaire spontané.

Certaines villes, telles que Bouarrerij, que beaucoup commencent à considérer comme la capitale de la mobilisation réelle, ont présenté, dans la même ligne que le soulèvement du 22 février, le refus de toute escalade, le refus de toute manipulation idéologique ainsi que le refus de joindre à l’emblème national tout autre drapeau.

La demande la plus forte et la plus urgente était le départ du gouvernement actuel formé par l’ancien président, considéré par beaucoup comme une action de représailles qui a anéanti toute la sympathie qui restait pour le président démissionnaire. Un marchand de fruits et légumes, possédant une certaine culture, m’a dit : « Dieu est plus grand. » J’ai voulu en savoir davantage et j’ai saisi le pouls de ses impressions. Le vendeur qui m’a fait savoir qu’il était un étudiant et qu’il aidait son père dans son magasin. Il m’a expliqué : « Personne n’est mort, mais on croyait que l’ancien président était mort alors qu’il était en vie. »- « Je veux qu’il compare la gloire que nous lui avons donnée à l’humiliation qu’il s’est lui-même infligée. Pour cela je lui souhaite une longue vie. »

La deuxième chose qui contredit ces sentiments de colère, que je comprends avec peu d’effort mais que je n’accepte peut-être pas aussi facilement, c’est que beaucoup de gens ont exprimé leur gratitude au gouvernement par intérim dirigé par Noureddine Badawi, ce qui m’a étonné. J’ai été surpris par l’étendue de la profonde conscience nationale. Il ne s’agit pas d’une marchandise comme on voudrait le faire croire, c’est une conscience populaire.  

Je dois dire que cela me plaisait parce que je n’aime pas que nos fans ressemblent au tonnerre de Rome et de sa canaille qui chantaient avec enthousiasme les « panem circenses » des Césars alors qu’ils jetaient en pâture les esclaves sur les champs de spectacle de la cour impériale, ou demandaient au combattant captif de livrer bataille mortelle contre un autre captif.

Lorsque j’y ai réfléchi, j’ai eu la certitude que la position du premier ministre et des membres du gouvernement incarne un sens important du patriotisme et un sens des responsabilités : ils refusent de démissionner et restent fermes dans leurs fonctions, alors qu’ils savent qu’ils sont haïs de la rue et incapables de poursuivre le travail de leurs institutions. Il a été noté que des groupes de personnes innocentes ont été poussées à faire des attaques virulentes dont la rareté de la violence et le manque de respect envers les représentants de l’État donnent la pire impression de la qualité de ces personnes et de la vérité de leurs motivations, de leur colère légitime, de leur enthousiasme partisan ou de leur usure multiforme. Ma colère ne peut cacher la douleur psychologique dans laquelle la démission du Président de la République, nous a menés :  l’impasse.

Les ministres actuels savent que la démission du gouvernement mettra le pays dans un vide institutionnel et l’absence d’État ouvrant la porte à l’inconnu. En effet l’article 93 de la Constitution confère le droit de former un gouvernement au seul président de la République et non au chef de l’État. J’ai personnellement suggéré aux ministres de démissionner et de traiter la Constitution en lisant l’article politique mentionné. Le Conseil constitutionnel a sans doute une issue, bien que je sois conscient que ce n’est pas la pire des solutions.

L’esprit de responsabilité et l’endurance du Premier ministre et des membres de son gouvernement sont un éclairage par leur sagesse et leur position courageuse bien appréciés. J’ai lu de l’un des soi-disant « Ruwaibda (insensé) » que l’affaire tient au désir de conserver le salaire de ministre. La loi algérienne, accorde le maintien du salaire d’un ministre même s’il n’a passé qu’une journée au ministère puis a démissionné ou a été limogé sans raison contraire à l’honneur ou aux obligations de sa charge.

Mais l’impasse existe toujours et beaucoup essaient de proposer des solutions, nous sommes dans une position qui rappelle les propos du général Charles De Gaule lorsqu’ils ont évoqué la possibilité de s’accommoder d’un vide politique. Il a déclaré, avec son arrogance sardonique : « Je crains que nous ne sombrions dans un-trop plein politicien. »

En fait, le nombre des commentateurs politiques, des analystes stratégiques, des experts des médias et des spécialistes universitaires s’est multiplié, de sorte que nous avons une armée de généraux supérieure au nombre de soldats, ce qui m’amène parfois à éviter de faire toute proposition, d’autant plus que je sais que les hauts responsables sont au courant des propositions ouvertes et les contrarient. Ils préfèrent recevoir des suggestions dans les rapports confidentiels, du produit au consommateur en termes de temps, une méthode rejetée par tout intellectuel respectable qui sait que les rapports peuvent être considérés comme une sorte de « merde » ou de « mendicité » et seront enterrés dans des armoires blindées, s’ils ne sont pas jetés à la poubelle.

Parce que je sais que le temps est comme une épée et qu’à un stade comme celui-ci nous sommes en situation plus dangereuse que le largage de bombes au napalm, je risque aujourd’hui de présenter mes perceptions sur des points spécifiques.

 * Le meilleur accord avec l’article 93, qui permet au chef de l’État de nommer un nouveau gouvernement, et de ne pas sortir d’un centimètre autre que le texte de la Constitution, car cela risquerait de déborder du texte, reste l’avis final du Conseil constitutionnel.

 *En cas de difficulté à réaliser cette proposition, nous pouvons recourir à une déclaration constitutionnelle garantissant le respect de la Constitution existante, à l’exception des articles suivants :

Article 93 : Le Président de l’Etat a le droit de nommer un gouvernement.

Article 173 : Le président de la République est dispensé de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature, élu par élection parmi les membres du Conseil, et élu devant le Parlement es qualité (et non devant le président du Parlement, le premier ministre ou le ministre de la justice).

Article 194 : Un comité doit être constitué pour organiser les élections sous la présidence du président du Conseil supérieur de la magistrature et conduit par des juges. Le président du Conseil d’État, en concertation avec les juges, le ministère de l’Intérieur et l’État mettant toutes les possibilités à la disposition de ce conseil souverain et indépendant.

Ce comité examine les listes électorales en coopération avec toutes les autorités qui doivent contribuer, qu’il s’agisse de l’armée ou des civils, et peut demander le soutien d’un professeur d’université ou de notaires.

Article 194 bis : Toute tentative d’influencer le déroulement des élections et leurs résultats sera punie d’un emprisonnement de cinq ans avec privation des droits civils et d’une amende.

Article 208 : La constitution doit être modifiée après les élections présidentielles dans les six mois qui suivent une discussion populaire de deux mois sur tous ses points. Les discussions sont publiques. La population réagit à la nouvelle constitution et le référendum sur certains points singuliers doit être organisé.

Les Algériens sont-ils en quête de lecture de vérité, plus important encore, y a-t-il des lecteurs qui lisent ?

* Les personnalités politiques, ou faisant semblent d’être, ont montré depuis près de trois mois une activité intense dans la préparation des élections présidentielles, elles ont choisi leurs candidat et, pour une raison quelconque, ont abandonné leur candidat le laissant planté debout. Ils refusent aujourd’hui de tenir des élections sous prétexte de craindre la fraude. Aujourd’hui, ce sont eux qui sont responsables de ce qu’ils ont fait hier, et il n’y avait pourtant aucun moyen d’importer des experts suisses il y a dix ans !

En plus le système électoral de 1991 a respecté les règles initiales : Belkheir, que Dieu ait pitié de lui, a reconnu la validité du vote, bien que par la suite tous les plans et démarches fussent corrompus. Il faut donc revenir à la raison et assumer ses responsabilités.

* Les manifestants ont appelé le « Tunnel des Facultés à proximité de l’université centrale d’Alger « غار حراك » Ghar Hirak  le tunnel du mouvement populaire en comparaison avec « Ghar Hira » (la grotte du Prophète) “. C’est l’une des expressions amusantes qui a émergé de l’esprit des jeunes.

* Ce qui est construit sur le vide reste invalide, la dissonance entre les membres de la même tendance politique est flagrante et n’amène que des malheurs. Si le corbeau guide les gens…

Et si les alliés stratégiques de la symbiose République, Ben Badis et Novembre ne se mettent pas, à temps, à réviser leur position alors ils doivent savoir qu’en définitive la mauvaise tactique finit inéluctablement par corrompre la stratégie aussi bonne soit-elle. Ton frère est ton frère, que ton ami ne te dupe pas (وخوخك خوك ..لا يغرك صاحبك).

دكتور محيي الدين عميمور

Traduction Omar Mazri

  • 616
    Partages

La Rédaction

Article Précédent

Abdelahamid Benbadis : troisième partie

Article Suivant

Algérie : Les montagnes accouchent d’une souris

Rédiger un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *